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Chili - Étape 6 : Rapa Nui

Chili - Étape 6 : Rapa Nui

J62 - Bananapoil

A la fraîche je combine les bus qui m'emmènent à l'aéroport, puis arrivée très en avance je plonge dans mes carnets avec un thé. Une annonce au micro m'indique un changement de porte. Je pars. Sans payer. Quand le garçon vient me chercher a la porte d'embarquement, je suis rouge de honte...

Je voulais tellement fenêtre... Que je l'ai eue! Un monsieur me remercie d'échanger de place avec lui pour qu'il reste avec son épouse... Parfait! 2 films me tiennent éveillée malgré ma courte nuit, et d'un coup l'île est sous nous!!! Je suis excitée, mon cœur s'emballe... L'avion décrit un grand C comme pour nous donner un avant goût de ce qui nous attend, puis rase l'eau d'un bleu profond et les rochers avant de rebondir doucement sur la piste. Nous descendons directement sur le tarmac, il fait bon. Anne-Claire, Jeremy et moi sommes reçus par Roger, tahitien qui accentue ma confusion des lieux.

A peine le temps de poser les affaires que l'on repart, le curanto et la descente de la colline en traîneau de bananier nous attendent!!

Une file de personnes armées d'assiettes et de sacs plastiques contourne les voitures. Au bout, d'énormes morceaux de barbaque et du taro pas cuit. Plus loin, le petit ananas pelé à manger comme une glace s'avère mieux à mon goût. Au pied du "maunga", une compétition de lance. Ces messieurs sont presque nus, habillés seulement de peintures et d'un string ficelle (avec de la vraie ficelle!)... L'œil s'habitue à cette exhibition de fessiers musclés. Si si.
Puis la descente tant attendue commence. Des kamikazes semi-couchés sur des radeaux en tronc de bananier glissent à une vitesse ahurissante sur la pente à 45°, et sautent dans les bras de leurs copains à l'arrivée. Virilité de rugbyman. Certains provoquent les acclamations quand ils parviennent entiers en bas, après que leur bolide ait volé en morceau où qu'ils aient essuyé des bosses particulièrement violentes.

Dans le pick up dans lequel nous rentrons en stop, la petite fille comme son nez contre la vitre en d'immondes grimaces. Je suis forte à ce jeu.

Dans le port de Hanga Roa, la silhouette d'un moai se découpe dans les mauves du coucher de soleil.

J63- Bleus aux fesses

Anne-Claire, Jeremy et moi louons des VTT. Après avoir omis de tourner a droite on s'offre une demi ascension de volcan en guise d'échauffement, et on a 1,5l d'eau pr toute la journée, de quoi se marrer oui!
Tout le long de la côte est, des "ahus" et une incroyable quantité de moais couchés. Pour une fois les colons du vieux continent n'y sont pour rien, les rapanuis renversaient les moais d'une tribu rivale en signe de victoire.
Nous arrivons en fin d'après-midi à Tongariki, ébahis devant ces 15 moais debout qui tournent le dos à la mer. Un homme surveille le site, le cache-sexe local comme seul vêtement, il n'est pas moins crédible quand il chasse les imprudents qui passent les barrières.

Nous remontons sur les vélos, calculant qu'en pédalant vite on peut se faire le coucher de soleil à Tahai. J'ai mal au cul, j'en peux plus de ces côtes sournoises! Et on a sooooiiiiiiffff!!! La maraîchère au bord de la route est bénie, nous dévorons des pastèques qui effacent un peu notre pâteuse. Amusée par notre urgence elle rit de plus belle quand Jeremy lui demande si elle peut nous prêter un "cochino" au lieu de cuchillo.
On retourne se ruiner les ischions après ce ravitaillement, la fraîcheur de fin de journée et la perspective d'une bière méritée rendent les derniers kms presque agréables.
Calcul un peu juste, le coucher de soleil se regarde du camping.
Suivi du coucher de soi-même.

J64- Tongariki épisode 2

L'arrière train encore tout mâché d'hier, je vote pour la voiture today! Anne-Claire valide, Jeremy est un peu déçu mais lui il fait de la compet aussi... J'embarque Rebecca et Mathias, deux californiens avec nous. Pas de papiers, pas de permis, on nous donne les clés sans plus de questions, "faites attention". Ok.

Rano Raraku est un des lieux les plus impressionnants, c'est sur ce volcan qu'étaient taillés les moais et attendaient de rejoindre un ahu, quelquepart sur l'île. Nombreux sont dressés et chacun regarde dans une direction différente, ils surveillent le monde. Certaines silhouettes n'ont pas été séparées de la pierre, le travail a visiblement été interrompu. En marchant un peu on atteint le cratère où dort un lac d'eau de pluie, bordé de totoras qui en protègent l'accès. Des chevaux courent sur les pentes, soulevant une poussière orange, impression d'être sur une autre planète. Nous restons là, et tandis que les 2 couples bavardent, je contemple, imaginant avec difficulté de simples hommes déplacer ces blocs sans les abîmer sur plusieurs kms avec pour seule aide le "mana", le pouvoir, la force spirituelle.

Nous nous arrêtons sur le site voisin, Tongariki, que Rebecca et Mathias ne connaissent pas. Une fillette de 3ans nous réduit Anne-Claire et moi en esclavage pour la faire sauter sans cesse "uno, dos, Y TRES!!!!!". Sa mère avec qui nous échangeons en souriant fait des bijoux en coquillage, et son père, l'homme en slip d'hier, observe sans rien dire et taille ses moais souvenirs destinés aux touristes.
Des 15 moais restaurés par les japonais, un seul porte le chapeau rouge de pierre volcanique qui représente le chignon porté par les rapanuis. S'attacher les cheveux était une marque de respect en présence d'autrui.

Nous saluons la petite famille qui garde un œil sur les "anciens" et repartons.

Au bord de l'eau, des tentes, ce sont les gitans pascuans.
L'arrivée à Anakena est spectaculaire malgré les nombreuses voitures garées : sable blanc, eau turquoise, étendue d'herbe rase sous les cocotiers, le tout dominé par le ahu où trônent 5 moais chapeautés plus fins que ceux vus jusqu'à présent. Ceux-là aussi sont dos à la mer, et à tous les parasols et paréos qui colorent la plage. Le soleil tape, Jeremy et moi choisissons l'ombre fine d'un cocotier pour limiter les dégâts. Après une empanada et un ananas onéreux (4 fois plus cher que sur le continent), nous retournons vers Hanga Roa.
Une douche, un pantalon et Anne-Claire se fait pilote pour que nous arrivions à temps pour le coucher du soleil au Ahu Akivi. Ici, 7 moais font face à l'ouest, la lumière du soleil couchant illumine leurs visages... Habituellement. Quelques nuages sont venus changer la donne, mais peu importe, ce site dégage une paix particulière, et le gris bleu enveloppe les colosses d'un peu plus de mystère encore.

En ville la Tapati nous réserve une premiere partie de spectacle un peu ennuyeuse : l'école de musique et ses élèves. Ukulele, violon, piano, violoncelle, accordéon, c'est mignon mais c'est long! L'école de danse de Rakel Roe enchaîne, jolis mouvements ondulants, jolies danseuses, mais c'est un peu répétitif et la chorégraphie reste très statique. C'est mal si je m'ennuie?

J65- T'as compris? Après je t'explique.

Levés à 6h du mat, on joue à tetris sous la pluie battante, un con a garé sa voiture derrière la nôtre, on déplace les scooters, les vélos, et Anne-Claire, guidée par 4 paires d'yeux supplémentaires nous sort de là comme une chef. Cette fois-ci c'est pour le lever du soleil qu'elle pilote. Direction Tongariki pour la 3ème fois. Vu la quantité de voitures et de touristes avant 7h, on comprend pourquoi le site semble désert l'après-midi. Les silhouettes des 15 se découpent dans l'obscurité, une étoile domine, puis le ciel s'éclaircit, minute après minute, baignant les statues dans du rose, du orange... A mesure que les photographes sont satisfaits, ils s'en vont et bientôt nous ne sommes plus que 5 sur le site, le soleil ne brûle pas encore. La patience a fait de nous des privilégiés.
Moa vient à nous, parfois un peu agressif dans ses questions. Il se détend peu à peu quand il voit que notre intérêt pour le site ne se limite pas à prendre une belle photo. Il remballe mes questions, mes pourquoi, mes comment, avec une version rapanui du "quand tu comprendras je t'expliquerai". Tradition orale, il faut apprendre à écouter. Mais ma curiosité l'a titillé. Il est curieux de nous aussi. Il demande à Jeremy s'il sait nager. L'invitation se forme, tandis que l'homme brun et l'homme blond vont pêcher, nous aidons à nettoyer la crique, bientôt rejoints par Caro et Hina Rere, sa femme et sa fille. Derrière les moais, bien cachés des touristes, des déchets arrivent en masse sur la côte découpée. Micro plastiques multicolores qui finissent dans les estomacs des poissons... Morceaux de cordes, de filets, bouts de verre... Caro me raconte qu'il arrive parfois des wc entiers, des meubles, après une tempête. Ces déchets n'ont pas de nationalité, ils viennent de partout. En moins d'1h nous avons rempli un sac de 100L et alimenté une grande conversation sur l'éducation écologique des natifs et des touristes. Cette quantité est quotidienne nous dit Caro, et il faut faire ce travail ne serait-ce que pour éviter que ces détritus retournent à l'ocean. Aidés de Mathias, Jeremy et Moa déroulent le filet et en sortent les poissons. Travail d'homme. Le feu prend entre les pierres, Caro vide les poissons, elle récupère les tripes qu'elle lave dans la mer, cuit sur la pierre, c'est la partie préférée de l'enfant.
Les poissons cuisent. Les filles jouent avec la petite, Caro installe son stand, les garçons sont je ne sais où. Je me retrouve seule avec Moa. "Hablamos el mismo idioma amiga" me dit-il de ses grandes dents blanches. En ce qui concerne l'écologie, sans doute. Mais sa colère fait de lui un marginal, il vit proche de la tradition, rejette les livres car la transmission est orale et l'université est la nature, il méprise les "rapanui quand ça les arrange", ne revêtant le string et les peintures que pour le folklore pendant la Tapati. La "vraie" culture semble ne pas pouvoir évoluer dans sa bouche. Je reviendrai converser avec lui, le débat est intéressant.
Le poisson est un délice, je ne mange pas les yeux ni le cerveau, je les laisse a Hina qui les aspire goulûment. Moa me félicite cependant pour mon effort pour les branchies. Je repense au Chaman en Amazonie qui s'était moqué de moi car je ne mangeais pas la tête...
En trébuchant sur un rocher j'ai cassé ma tong (l'autre). Je profite des aiguilles de Caro pour la réparer, ils sont tous surpris par cette aptitude manuelle. Je gagne un peu plus de respect.
Je rejoins Jeremy dans la caverne de Moa, sous le site. L'herbe est locale, "elle pause" comme il dit. Le discours de Moa se fait moins radical, le mien moins construit, on se marre pour rien. Un instant je réalise que je suis assise dans une caverne sous l'un des sites les plus mystiques du monde, en train de fumer avec un homme en string qui nous explique la symbolique du moai. La statue dressée, blanche, le pénis. Le chapeau enfoncé au sommet, rouge, le vagin. Fertilité, c'est l'idée. Sauf qu'à trop tailler les arbres, et à cause de la surpopulation c'est la stérilité qui a envahi l'île. L'île de pâques est un échantillon qui devrait servir d'exemple, mais le monde est aveugle.
Nous embrassons nos hôtes et rentrons, je suis invitée à revenir.

Au camping je mange pour 4 et m'endors comme une masse. En me réveillant 2h plus tard, c'est avec difficulté que je me traîne jusqu'au port. Je me tache avec ma glace menthe-choco/mure et vais poser mes fesses pour le spectacle de la Tapati. "Pour les touristes" comme dit Moa.
Ce soir les 2 groupes en lice s'affrontent à la danse. Le premier ensemble est plutôt impressionnant, pas pour la technique -les mouvements sont plutôt simples- mais pour la masse : environ 130 danseurs, donnant au moindre déplacement en ligne un volume extraordinaire. Débauche d'énergie en costumes de plumes, coquillages, fibre de coco, ce groupe a choisi la rame comme accessoire. Les hanches roulent à l'excès, moi aussi je veux rouler!!!!
Le 2ème groupe, pourtant aussi nombreux est presque fade, la reine et son compagnon n'ont pas de tenue plus fastueuse que leurs camarades, et malgré des trouvailles sympathiques en duos, je ne suis pas d'accord avec le jury qui leur accorde plus de points. Demain j'irai soutenir le groupe de Taurama pour le défilé.
Je pars avant le spectacle des marquisiens, lessivée.
De mon lit j'entends les tambours qui résonnent, et me bercent, je m'endors.

J66- Tapati et tapata

Ce matin nous allons à Orongo. Le cratère du volcan est impressionnant, sa forme tout autant, une découpe semble l'ouvrir sur la mer. En face de l'île, deux motus. C'est en ces lieux que prenait place le rituel de l'homme-oiseau. Du haut de la falaise, plusieurs hommes descendaient, s'agrippant aux parois jusqu'à atteindre l'eau. Ils nageaient alors jusqu'au motu où la sterne fuligineuse venaient nidifier en septembre, restant à l'affût du 1er œuf. Celui qui le ramenait à Orongo était sacré homme-oiseau, et s'unissait alors avec une des jeunes femmes de la grotte des vierges. L'enfant à naître connaîtrait le même destin que son père ou sa mère selon qu'il naissait garçon ou fille.
Malheureusement le lieu a été pillé il y a bien longtemps et quelques peintures et un moai sont cachés dans des collections privées ou au British muséum.

De retour à Hanga Roa nous rejoignons le groupe de Taurama notre favorite pour se vêtir et se peindre, rapportant ainsi des points a son équipe. Jupe et soutif en plumes de poulet pour moi, rafia pour Anne-Claire. Quant à Jeremy, habillé de peinture, il supporte plutôt bien le string! Nous suivons les chars, nous marrant devant tous ces corps dénudés de toutes les formes et toutes les pilosités, et passons la barrière. "10points". La France fait mieux à Rapa Nui qu'à l'Eurovision! Le défilé n'avance pas, et à part quelques chorés animées des marquisiens, ça manque de musique! On boit de l'escudo tiède, fume un peu, prend des photos... Et on s'échappe. Enfin notre coucher de soleil à Tahai!! Et en tenue SVP! Écroulés de rire pour rien on rentre au camping se changer avec dans l'idée de ressortir... Mais la flemme nous couche.

J67- Combler le vide dans les dépense et le sucre

Matinée dans les photos, les carnets. Jeremy et Anne-Claire s'en vont, laissant ce vide familier des rencontres courtes et intenses. Je tente en vain d'aller en stop à Tongariki rendre visite à Moa et Caro, en vain, les voitures ne vont pas si loin en fin d'aprem.
Je fais quelques achats, avant bien-sur de me rendre compte que je ne peux plus retirer... La bonne blague. Par chance, je peux payer mon excursion à cheval par carte bancaire.

Rebecca et Mathias me proposent de les suivre au resto, j'accepte avec joie, et me sens bête quand je vois les petits coeurs sur l'ardoise du menu, j'avais zappé la St Valentin... Heureusement je ne fais pas chaperon et nous partageons un délicieux tiramisu préparé par un chilien dans un resto thaï nommé bonbon chinois...
Métissage quand tu nous tiens!!!

J68- Immersion

Manuel, mon jeune guide, vient me récupérer avec un pick-up rouge tremblotant. A peine sortis d'Hanga Roa une odeur d'essence envahit la voiture, accompagnée d'un "psssssshhhh" qui ne me dit rien qui vaille. Je sors en vitesse. Il y a carrément un trou dans un tuyau sous le véhicule. Je suis pas mécano, mais je suis sûre que c'est dangereux, Manuel a perdu son teint cuivré, sa lividité confirme. Moteur éteint on descend une pente et la voiture reste garée dans un coin. En stop nous retournons vers le village en chercher une autre. Celle-ci n'a pas d'essence, lol. Manuel râle en disant que c'est pour ça qu'il préfère les chevaux : de l'herbe et de l'eau, c'est tout!
Nous finissons par arriver à la péninsule Poike, où tandis que je bavarde avec son cousin et son épouse, il prépare nos deux chevaux. Le mien s'appelle Hua, il est caramel avec une tâche blanche sur le museau. Comme cavalière je suis loin d'être une experte et évidemment je ne tape pas assez fort avec mes talons -de peur de lui faire mal- pour faire avancer mon ami qui en déduit une autorité réduite. Manuel s'assure que je suis, au trot, j'ai bien mal au cul mais je suis. Nous nous arrêtons prês d'une formation rocheuse qui ressemble a un visage, les jours de pluie, on l'appelle la femme qui pleure. Un peu plus loin des pétroglyphes de vulves -symbole de fertilité- sont visibles sur la pierre. Un trou pour le vagin est également gravé "plus il est gros plus il est usé" m'explique Manuel. Je me retiens de rire.
Quand nous remontons en selle c'est Hua qui rigole : il refuse d'obéir à mes timides injonctions et m'emmène sur un chemin très escarpé, d'où je vois Manuel, au loin, qui dois bien se marrer aussi. C'est lui qui convainc la bête de redescendre.
Au bord de la falaise la vue est superbe, l'eau est d'un bleu extraordinaire, j'ai envie de sauter, mais cela impliquerait la mort, je m'abstiens donc. Un petit sentier descend jusqu'à une caverne le long de la paroi rocheuse, accroupie j'observe de nombreux pétroglyphes représentant le vent, la mer, et la fertilité encore. J'avance aussi loin que possible dans la grotte à la lueur de mon portable, les infiltrations donnent l'impression que les murs sont recouverts de diamants. Je ne reste pas trop longtemps, Manuel m'attend dehors et je commence à flipper. La caverne finira par être bouchée complètement, car à chaque pluie la boue s'accumule un peu plus. A priori la galerie dans laquelle je me suis avancée rejoint la zone des vulves, plusieurs centaines de mètres donc. C'est ici qu'étaient enfermées les vierges, destinées à s'unir à un homme-oiseau. La blancheur de leur peau jamais exposée au soleil garantissait leur pureté... Je les imagine complètement aveuglées le jour de leur sortie, il n'y a pas si longtemps, ces rites étaient encore pratiqués en 1860.
Nous poursuivons la balade avec un Hua plus conciliant, çà et là des moais gisent, les détails des mains sont délicats. Personne ici. Nous seulement, et quelques oiseaux de proies perchés sur les morceaux de pierre éclatés. Je me sais privilégiée.
"On galope?" Je réponds "d'accord!", enthousiaste et incertaine de rester en selle... Quelle sensation!!! Beaucoup plus confortable que le trot, plus de tape-cul ni de vibrations désagréable dans les intestins, juste l'impression de voler!!! Nous descendons de la montagne (à cheval...) et je dis aurevoir à Hua. On m'offre du poisson pour le déjeuner. J'apprécie ce moment a l'ombre d'un arbre, dans une petite famille, en dépit d'une violente allergie qui me gêne un peu.

Au retour Manuel me dépose à Tongariki. Je frappe chez Moa. Tout seul avec sa fille, Caro est en ville. Les deux tous nus ou presque, ils mangent, ils ont l'air contents de me voir. Je leur ai apporté les coordonnées des français et des californiens. Nous bavardons, puis Moa m'emmène dans une chambre... pour fumer! Ouf! Haha! Après s'être posés un peu on se promène avec Hina, je découvre les cavernes et les criques proches du site, puis nous allons à pied jusqu'à Rano Raraku. Les deux sont pieds nus, la petite se plaint rarement des épines ou de la fatigue. Le long du chemin des cadavres de chevaux empestent. Nous allons jusqu'au lac du cratère. Le lieu est désert, c'est la fin de la journée, les touristes sont à la plage. Moa me dit de poser mes affaires "on va nager". What?? Je flippe mais j'accepte. La totora pliée sur l'eau forme de petits pontons naturels, dissimulés par la totora dressée. Moa assoit sa fille en haut d'un monticule flottant et plonge. Je plonge à sa suite dans l'eau sombre du volcan où l'on tailla jadis les moais. J'ai de grandes difficultés à dominer ma terreur, Moa m'encourage, je respire, nage vers la rive, déterminée. Je me hisse sur un amas de totora, essaie de me calmer, de chasser les images de sangsues et autres monstruosités cachées dans les eaux sombres. Moa a cru que j'allais me noyer le pauvre. A quelques mètres de là je vois Hina qui descend de son monticule et s'approche dangereusement de la rive. Je sais que si la fillette tombait à l'eau je n'aurais plus peur, je plongerais la chercher, je redeviendrais l'adulte que je suis supposée être.
La 2ème fois c'est plus facile. Je nage vite, rassurée seulement quand mes deux jambes touchent la totora. Moa retourne nager un peu avec sa fille qui joue à se lâcher dans l'eau, confiante. 3ans et demi. Pas peur elle.
Quand je sèche l'enfant avec mon paréo et que son père vient se coller derrière moi, j'esquive, l'air de rien. Tous les mêmes?
A Tongariki Caro est rentrée, ça remet les choses en place, je lui fais un cours de français express et bientôt le soir tombe, une famille de tahitiens en vacances me prend en stop, et je rentre à Hanga Roa, des larmes plein les yeux. Je ne peux pas expliquer ce que j'ai vécu ici. Mais Tongariki revêt une signification plus grande que le lever du jour sur les cartes postales.

A Hanga Roa c'est du "bout du monde" que j'observe l'élection de la reine de la Tapati, première égalité depuis l'existence du festival, provoquant le mécontentement et/ou l'approbation du public. Le feu d'artifice réellement splendide conclut la soirée, et quelquepart mon séjour. Il a le goût de la mousse au chocolat et du sel de ma tristesse.

J69 - Adios, maururu.

Je me paye le luxe d'un petit déjeuner en terrasse, et écris. Sur un scooter 3 silhouettes familières passent, ma dernière occasion d'embrasser Hina, Caro et Moa. Puis je cours, la navette pour l'aéroport est sur le point de partir. Je me sens triste.

Le décollage est un peu violent, la jeune femme à mes côtés s'accroche à mon bras, elle pleure. Son gros bidon explique ses sensations décuplées.

Bientôt j'atterris à Santiago, retour en zone urbaine.

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