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URUGUAY - Étape 2 : Cabo Polonio

Cabo Polonio - Kiff 2

J6- Le cri des phoques

 

Une brève rencontre avec un couple de vénézueliens, et voilà, j'ai des adresses pour mon prochain voyage... au pays où on fait le plein pour 0,50€, il y a aussi el salto del angel! Dire au revoir au staff, gagner un t-shirt "yo=viajero" en tant que VIP de La Pedrera. A l'arrêt de bus je fais la connaissance d'etudiants de Montevideo, 2 brésiliens, 1 chilien, 1 argentine. Destination Cabo Polonio ensemble.

 

Entrée du Parc Naturel, Tomás et Joao sont placés aux premières loges dans la file pour monter sur le toit du camion 4x4 : string et mini-jupe, la fille qui les précède nous régale à tous d'une belle paire de fesses. Je préfère monter en bas, "marea menos". Il faut environ 20min de traversée à travers les dunes, les pins, les arbustes, les petites fleurs roses, violettes, jaunes... Ça sent l'île de ré. Au village c'est un peu la pagaille entre ceux qui arrivent ceux qui partent et ceux qui ont quelquechose à vendre. Je m'échappe rapidement, un petit sentier entre les maisons de bric et de bric colorées me mènent jusqu'à la Casa Rosada. Une balançoire sur le perron, des cactées un peu partout, un petit jardin comme une serre où les crapauds font la sieste, et surtout... une bibliothèque!! Je suis sous le charme. En l'absence de la propriétaire il faut demander Fatima. Argentine maigrichonne de 25ans, cheveux noirs courts, veines saillantes sous sa peau mate, pieds nus, sarouel et t-shirt déchiré, la demoiselle prépare nos différents lits, car les étudiants m'ont suivie. Je dépose mes affaires dans le dortoir, appréciant chaque détail de cette maison qui si minuscule soit-elle accueille autant de personnes sans donner l'impression d'être a l'étroit. Là où il n'y pas d'ouvertures, il y a des tableaux, affiches, petits mots, étagères pleines, et ce bordel vivant est incroyablement feng-shui. Je sens que ça va être compliqué de partir d'ici...

 

Le vent rend la chaleur supportable pour ma promenade sur la Playa de la Calavera. Pas de crânes, mais des cadavres oui bien. Phoques en décomposition, poisson dévoré par des vers qui le font bouger donnant l'impression qu'il n'est pas mort... Quand le vent tourne il ne fait pas bon avoir l'odorat développé! Mon dieu que ça pue!!! Je continue à marcher, traversant le "centre" où le camion nous a laissés. En fait de centre il s'agit d'une place entourée de cabanes où quelques commerçants vendent de l'artisanat, des vêtements ou des provisions. Puis je passe près du phare, me dirigeant vers les rochers. Le vent me porte un étrange son, entre l'aboiement et le cri d'enfant... Des sirènes? Plutôt des phoques (vivants ceux-là), en colonie juste là, à peut-être 30m de moi. Je bloque complètement et reste assise sur les rochers à les observer un long moment. Une dame qui passe près de moi me dit que ceux-là sont les mâles rejetés par un mâle dominant qui s'est gardé pour lui la bagatelle de 75 femelles. Les mâles blessés ou simplement intimidés restent entre eux, d'où l'expression *** comme un phoque... Forte de cette belle analyse et sous la pression d'Eole agressif, je redescend vers la place.

 

La dame qui me fait penser à maman n'a plus d'empanadas. Mañana. Ségo, la française qui partage le dortoir avec moi me propose un apéro palta (avocat) citron et cerveza... J'ai pas tout perdu! Les étudiants se joignent à nous a conversar et nous montons sur le toit voir la lune. Dans le froid, au dessus de la plage, elle éclaire les maisons éparses du Cabo.

 

 

J7- Ici c'est chez moi

 

Se lever dans la maison calme. Sortir une grenouille du réservoir. Nourrir le chat. Se laver en mode casseroles, le systeme de gazinière dans la douche n'inspirant pas trop confiance. Fatima vient préparer le petit déj, nous conversons toutes les 2 tranquillement. J'apprends que la plupart des propriétaires des constructions de Cabo ne sont pas propriétaires du terrain sur lequel ils sont installés. Gros problème juridique puisque le propriétaire du terrain (7M$us, de la plage jusqu'à la forêt) a laissé faire sans savoir et que les habitants, une cinquantaine de personnes fixes, ne sont donc plus expulsables. Il ne peut pas non plus leur vendre les parcelles de terre puisque le lieu est classé parc naturel. Depuis 2 ans les gérants de petite hôtellerie comme la Casa Rosada ne reçoivent plus l'agrément pour faire du commerce, et se retrouvent à travailler illégalement. Les permanents de Cabo Polonio se demandent comment cela finira, si l'état achètera les terrains et expulsera tout le monde, ou permettra aux quelques familles d' ici de rester et de poursuivre leurs activités. Les habitants réclament la responsabilité pour la gestion du lieu tant à niveau naturel culturel qu'économique mais les institutions ne bougent pas et Pépé Mujica a d'autres chats à fouetter.

 

Ségo et moi partons longer le sentier de "baja exigencia", en bord de plage. Sous nos pieds craquent les millions de coquilles de moules charriées par la marée. Et pas un seul plat à base de moules dans les restos! Comprends pas. Encore quelques cadavres, puis nous nous rapprochons de la colonie. Certains "lobos marinos" nagent, d'autres sèchent au soleil, ou se battent pour une place. Celui qui garde 2 nageoires et le museau en dehors de l'eau a l'air particulièrement heureux, flottant dans sa petite vasque privée. Je suis surprise de voir leur pelage aussi fourni. Pas bien saisi la différence entre phoques et otaries... Nous allons continuer à les observer depuis le sommet du phare, dont la montée s'avère plus vertigineuse que j'aurais cru. La vue de là-haut est superbe, l'ombre et le frais nous redonnent l'énergie que le soleil brûlant de midi et les nombreuses marches nous avaient volé. Au loin les dunes qui mènent à Valizas, du côté Playa Sur les petites maisons blanches bien propres, côté Calavera joyeux assemblage de planches et de tôles multicolores. Avec les gardiens du phare, leçon de navigation, histoires de naufrages, de pirates et de trésors, il n'en faut pas plus pour me faire rêver...

 

La maman hippie n'a toujours pas d'empanadas. En attendant je regarde les vêtements et bricoles des gargotes d'artisanat et me déleste aussi vite d'un billet de 1000uyu. Empanadas riquísimas, Ségo et moi déjeunons avec les grenouilles entre les plantes puis sieste dans le calme de la bibliothèque. Chaque bibelot, chaque mot, chaque détail raconte une histoire ici. Je pourrais y rester des mois, lieu parfait pour se recentrer, lire, écrire et créer.

 

Playa Calavera, je laisse passivement les vagues me frapper et me tremper mais je ne nage pas, moyen envie de frôler un cadavre de phoque. La douche qui suit est chaude, le réservoir noir sur le toit a du bénéficier de tous les efforts du soleil, et moi donc.

 

Balade sur le sentier de "alta exigencia". Nous crapahutons sur les Rochers de granit, passons les mini-salines, ne trouvons pas les cavernes et arrivons sur la Playa Sur pour un atardecer compromis par les nuages. Nous sommes pleines de boufioles malgré des auto frappes régulières.

 

Retour a casa en passant par papy provisions. Les étudiants cuisinent. Du Vin. Le monde. La lumière dans la maison. La vie. Instants parfaits.

 

 

J8- Al fin y al Cabo

 

Pas envie de partir. Le lieu m'accroche. Tergiverser. Laisser partir la première camionnette. Aller réfléchir à la plage, supporter le vent. Ducha comme à la maison, à poil dans la baraque. Fermer le sac. Rêver de lire toute la bibliothèque. Apprendre le maté chez Fatima. Il faut finir avant de le passer! Marcher sur la plage. Dire aurevoir et merci avec le cœur serré comme après une éternité. Regarder le village s'éloigner.

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E
:') Encore ! Une petite décorporation depuis la grisaille parisienne, ça fait du bien.
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A
Exaucé .-)
C
Merci ma belle pour tes messages qui nous font voyager ..... Nous pensons a toi près du feu de bois . Gros bisous à très vite .
Répondre
A
Merci à vous de me suivre, c´est bon de se sentir accompagnée, même de loin! Plein de bisous!!!