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Étape 8 > La Bolivie : La plaine du Chaco, Santa Cruz, Sucre.

Sucre - Cactus solo

 

J233

Après de longues heures dans la poussière du Chaco, nous quittons officiellement le Paraguay : mines fatiguées d'aube pas levée, j'attends mon tour pour le tampon de sortie tout en regardant le ciel noir parsemé d'étoiles. Certaines filent au ras de l'horizon me laissant juste le temps de faire un vœu.

Le jour se lève sur la piste bordée d'épineux, de cactus, et de drôles d'arbres en forme d'amphore. Vaches bossues et vautours perchés sur des branches brûlées nous regardent passer. Comme il fallait s'y attendre vu le bus de ***, nous tombons en panne. Les rares voitures qui passent font preuve d'un manque de solidarité certain. 1h plus tard notre tacot redémarre et nous sommes militairement accueillis en Bolivie. Malgré la chaleur étouffante nous fermons les vitres pour éviter de manger la poussière. On nous file des plateaux repas surremballés que de nombreux passagers (même le couple de mennonites!) jettent par la fenêtre. Pauvre Pachamama. Et les poules qui picorent les sacs plastiques finiront sûrement dans nos assiettes... 

A 21h30, nous voilà enfin à Santa Cruz. Daniel le polonais et moi cherchons en vain une auberge qui n'existe plus, atterrissons dans une chambre pas trop pourrie, et avalons 2 empanadas avant que le sommeil nous coupe la chique.

 

J234

Je me promène au parc où les enfants courent après les pigeons, puis monte au mirador de la cathédrale de brique, jolie vue sur la ville et ses sympathiques habitants. Un papy et une fillette regardent par dessus mon épaule quand j'écris, c'est amusant et gênant à la fois. Dans un autre parc un jeune homme m'assaille de questions sur mon pays, et un ferrailleur fou m'agresse et m'insulte, déposant sur mes épaules une culpabilité d'être européenne qui n'a pas lieu d'être. Le festival d'humour des lycéens me change les idées, je suis la seule touriste perdue au milieu d'ados surexcités venus voir leurs copains sur scène. Je me marre bien et en apprend un peu plus sur la région, ses traditions, et ses pulsions indépendantistes. Je retrouve Daniel pour dîner d'un masaco (sorte de pâté banane-fromage) et de salteñas (chaussons poulet piquant). La salsa sur la place me fait envie, je voudrais sortir danser... Mais l'alarmisme sécuritaire du réceptionniste "même les taxis ça craint" me convainc de rester dormir. Pfff.

 

J235

Daniel rentre de soirée quand je pars, je lui laisse un mot et file à l'aéroport Viru-Viru avec un taxiste anti Evo Morales qui trouve injuste que le salaire des mineurs ait augmenté de 70% contre 10% pour les médecins. Les passagers de l'avion sont colorés, ma voisine est une dame large vêtue d'une jupe de velours et d'un tablier, ses tresses sont longues, et de son sourire argenté elle me souhaite la bienvenue. Qui a dit que les boliviens étaient fermés?? En 30min (contre 15h et 10L de vomi en bus) je suis à Sucre. Dans le combi qui m'emmène vers le centre, mon hamac coloré provoque des rires curieux. Moi aussi je les trouve rigolotes avec leurs pompons aux bout des tresses. On sourit de nos différences. En ville je ris moins: des enfants à la morve au nez aux vieillards appuyés sur une cane, la mendicité est partout. J'achète un journal à un petit de 10ans qui travaille quand il n'a pas école. J'ai donné le sandwich de l'avion à un gamin, mais j'ai faim... Un jus à la cannelle fait passer un poulet gras servi au son claqué du quechua de la grosse cuisinière. Coucher de soleil sur la ville avec un groupe de français, puis je m'échappe au théâtre. "Un sol amarillo, memorias de un temblor" ou comment rire, pleurer et retenir son souffle devant une performance artistique impressionnante. J'apprends les douleurs passées et présentes des victimes du tremblement de terre de 98, privées de l'aide internationale détournée par le président de l'époque.

 

J236

Les centaines de variétés de fruits et de légumes du marché stimulent l'imagination culinaire! Dans la cuisine, la dame aux cheveux argentés et au visage plissé veille à l'ordre. Dehors un chat blanc cherche l'ombre tandis qu'une motarde étudie une carte du pays. Je regarde les uniformes des écolières qui regardent ma robe africaine. Au musée universitaire je ne parviens pas à assimiler toutes les infos des nombreuses civilisations qui ont peuplé la région. Je reste fascinée par le cuir blanc froissé sur les os de quelques momies en position foetale, et par les crânes trépanés et déformés. La souffrance des peintures religieuses me pousse vers la sortie. Une douceur servie par une vieille femme tremblante, des lycéennes qui dansent dans le cloitre de San Fransisco Neri, et de là-haut un autre atardecer à couper le souffle. Une bonne soirée avec des lyonnais, à parler danse, escalade et psychologie.

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