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Étape 8-3 > La Bolivie : Uyuni, le Salar et le Sud-Lipez

J240

Je prends le soleil en regardant la señora faire la lessive, son bébé dans le dos, au chaud dans un tissu aux bandes colorées. La jeep arrive enfin, je salue ceux avec qui je vais passer 3 jours, Anne-Sophie et Charles, les français jeunes mariés, et le trio mexicamericanobelge. Direction le Sud-Lipez. A mon grand émerveillement nous croisons des lamas au milieu de cette étendue déserte et poussiéreuse. L'air aristo, ils balancent prétentieusement la croupe et les pompons colorés qui ornent leurs oreilles. A Vila Alota c'est la pause dejeuner, un chien lèche de la graisse de lama solidifiée dans un saladier. Nous reprenons la route, des champs de quinoa vert et rouge à perte de vue, jusqu'au Valle de las Rocas, sorte d'expo de sculpture contemporaine au naturel. Un biskama se cache dans quelque faille : pokemon n'a rien inventé, le rat-lapin existe. A travers la vitre le soleil chauffe, mais lorsque nous descendons près de la Laguna Colorada le vent glacé s'insinue sournoisement entre les dents et au fond des yeux qui n'en perdent pas une goutte : dégradés de rouges, touffes d'herbe rebelles, squelettes de flamands et flamands vivants qui s'envolent laissant apparaître le liseré noir qui orne leurs plumes. Nous sommes minuscules au cœur de ce paysage écrasant. Les bourrasques nous font presser le pas et tandis que le soleil disparait derrière les montagnes nous atteignons le refuge. J'enfile mon 3eme pantalon et donne un petit cours de salsa à mes compagnons, puis les conversations s'épuisent dans le dortoir gelé.

 

J241

4h30, magie du ciel étoilé et du thé chaud. Le gel fait crisser les essuie-glaces. Du gaz s'échappe bruyamment du sol, une fumée épaisse flotte dans une odeur d'oeuf pourri, voici les geysers de Sol de Manana. On entend le blopblop de la boue en ébullition, et on s'étonne de la montagne qui fume. Le froid nous brûle les mains, nous remontons pour rouler jusqu'aux Aguas Thermales. Un brouillard épais s'élève au dessus d'un immense lac, quelques personnes font trempette dans un bassin à 35°. J'enlève -aglagla- mes vêtements -aglagla-, enfile mon short -aglagla- et me laisse tomber dans l'eau chaude -aaaaaayyy qué ricoooo-. Re-aglagla pour se sécher et se rhabiller... Vers le désert de Dali je réalise que j'ai oublié ma veste, je suis rouge de honte et Henri tord le nez pour faire demi tour. Les copains bossent pour détendre le chef à coup de salsa et petites questions gentilles. Les pierres posées ça et là dans une anarchie étrangement harmonique donnent une fois de plus l'impression d'être sur une autre planète. Plus loin la Laguna Verde -qui est blanche- marque la frontière avec le Chili. La jeep avale les kilomètres jusqu'à un amoncellement de rochers parfois recouverts d'un drôle de champignon vert minuscule. Tables et chaises naturelles pour le casse-croûte. Un peu plus loin, le fameux "arbol de piedra", cette roche schizophrène qui se prend pour un végétal. Au creux d'un mince ruisseau nous roulons, observant les couches de roches qui s'empilent en un mille feuilles géant dont le vieille âge dément l'apparente fragilité. Au détour d'une courbe, Laguna Honda apparait majestueuse, entre bleu du ciel et blanc du borax. Les conversations s'essoufflent, et de basiques "magnifique", "dingue", "woooouuuuaaah" s'échappent de nos bouches fendues en sourires béats. A Hedionda, deux oiseaux se promènent cote à cote tels deux papys dans un parc. Plus loin, là où la pierre ressemble à un monstre, le volcan Ollague marque une autre frontière avec le Chili. Le long du Salar de Chinguana, des yourtes camouflage, camp militaire vide. La lune ronde est déjà haute, le soleil lui cède gentiment la place tandis que nous arrivons à l'hôtel de sel de San Juan. Le gros sel craque sous mes pieds, Morphée se cache dans mon duvet.

 

J242

Henri esquive les lamas suicidaires sur la route du cimetière des trains, tas de ferraille géant tagué et escaladé par des anglo-saxonnes en mini-short. A Colchani un papy édenté à l'oreille réduite à l'état de vieux chewing-gum mâchouillé nous fait une visite express de la "fabrique" de sel. Séché-Iodé-Emballé. Payez. Et enfin le voilà : le Salar d'Uyuni!!! Étendue infiniment blanche, les zones inondées reflètent les montagnes en un miroir parfait. Une source fait bouillonner l'eau en surface. Autour, les "yeux du Salar", formations circulaires de sel craquant, scènes parfaites pour appliquer la leçon débutant e rueda de casino... Et les pyramides de sel en pré-séchage, au cœur du paysage bicolore bleu et blanc... Difficile de concevoir que sous nos pieds s'étagent 100m de sédiments et de sel en couches alternées. Photographier, courir, danser, se taire, respirer, aimer. De retour a Uyuni, Henri et ses quenottes d'enfant s'en va, et chacun repart vers son hôtel, rêvant à la douche chaude. Raté. Pour cause de surconsommation, coupure d'électricité. A la lueur des bougies j'écris, et observe ces englishes avec leur leggings moulant leur gros derrière et leur prétention à peine cachés par le même pull d'alpaca trop grand. J'empile a nouveau les couches : 3 pantalons, 3 pulls, les gants... Bibendum prête à aller dîner avec Anne-Sophie et Charles. Dans la fumée piquante de La Loco, la caipi réchauffe, et le steak de lama au quinoa me mettent en extase. Anne-Sophie bouillonne devant le discours d'une miss en mode alternatif -dreads sous gavroche, jupe en laine et macramé-, "rien ne va plus en France"... Je tempère un peu son discours insinuant que retourner voter peut être un bon début. Aurore semble déstabilisée par mon positivisme et peut-être un peu déçue que je n'ai pas envie de mettre des têtes au bout des piques déguisée en Marianne. Les amis sont restés silencieux, mais les langues se délient et j'apprécie de plus en plus la compagnie de ces faux parisiens. Parfumés au charbon nous rentrons.

 

J243

Torture de la douche froide. Dans la rue j'admire la collection de jupons de velours et de pompons de perles colorées accrochés aux tresses brunes. Chapeaux de paille, béret, ou borsalino, toutes les têtes sont couvertes. Les français et les israéliens champions de la négociation me font honte : scandale pour une café à 80cts au lieu de 60... Pfff. Les écoliers passent dans leurs uniformes, le portable criant du reggaeton.  Un café avec Alex et Tom, australien et neo-zélandais, avant de me congeler toute seule dans le hall de l'hôtel et de sortir dans la nuit. Je trouve ma place dans l'obscurité du train de 1h.

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