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Etape 4-3 > Le Costa Rica : Cartago, Orosi, Parque Nacional Chirripo

PN Chirripo - Un peu plus tard...

 

J87

5h de bus, du vert et du vert par la fenêtre. Un taxi qui m'entube. Une fois en 3 mois ça reste une bonne moyenne. Je débarque à Cartago -plus gris, c'est noir-, dans un quartier pourri à la tombée de la nuit, dans l'hôtel le moins cher de la ville, et pour cause : c'est un haut lieu du péripatéticianisme... Et ça bosse toute la nuit. Je mange mes pièces de poulet frit en faisant la sourde oreille.

 

J88

Réveillée pile à l'heure pour attraper le bus pour le volcan Irazu, qui s'arrête à quelques centaines de mètres des principaux cratères. Pas l'impression de mériter la beauté qui s'offre à moi, puisque peu d'efforts, mais ça n'enlève rien à mon émerveillement devant le turquoise du lac, les plantes et les fleurs... et les formations rocheuses qui me font regretter de ne m'être jamais interessée aux cours de géologie. Le soleil chauffe et je savoure le moment avant de remonter dans le bus violet dont le chauffeur salue tous les passagers d'un amical "Pura Vida".

Au Parque Central il y a un concert qui rassemble, malgré la bruine, une foule de jeunes surlookés : des skateurs bohèmes, des dreadeux electro, des pin ups défraîchies, des ringards intellos-mais-cools... Seul le style peut justifier tous ces mini-shorts vu la température ! Petite balade au milieu de Las Ruinas, où la légende d'un fantôme sans tête prend certainement vie tous les soirs, dans le brouillard.

Après le passage des chars, des équipes de chearleading et des molles écoles de danse du Festival de las Luces, je rentre presque en courant pour éviter de me faire braquer et j'arrive à l'hôtel en espérant que les travailleuses du soir sont de repos le dimanche.

 

J89

Bagages. Banque. Internet.

Le bus pour Orosi est bondé, j'ai un peu honte d'encombrer l'espace avec mes sacs, mais les sourires sont aimables. Le paysage est superbe, les petites maisons perchées à flanc de montagne au milieu des caféiers semblent tout droit sorties d'un film, je respire à pleins poumons l'air frais qui rentre par la porte ouverte.

A l'auberge je rencontre Alfredo de Mayorque, Valérie de Perpignan et Craig de Chicago, avec qui nous allons manger un chop suey dans le seul resto du village ouvert : un chinois !

 

J90 (JOYEUX MOINNIVERSAIRE > 3 mois déjà en mochilera !)

Attente du bus dans la bruine qui perce les os : Orosi-Purisil-Quelquepart vers le PN Tapanti. De ce quelquepart il faut marcher 5km (sous la pluie), déterminés malgré l'abscence évidente d'animaux et la présence excessive de boue... Il y a quand meme les vaches et leurs copines les grues, le café, les herbes de la pampa et ce VERT qui qualifie si bien le Costa Rica. Alors on persiste et on profite de la balade dans le Parc National, humide, et du café du grand gardien tout maigre qui nous montre l'expo de papillons de derriére ses doubles foyers et son bob de pecheur. Sur le chemin je vois les arbres et la cascade se gondoler, une drôle d'impression qui dure, et je me sens obligée de saluer la nature qui ouvre le dialogue. Je me sens maladroite.

Retour en stop avec un papa et son fils, qui nous expliquent pourquoi les cultivateurs de café boivent du café dégueu : le café cultivé part pour être "raffiné" et quand il revient, c'est devenu du café d'importation, cher à l'achat.

 

J91

Mon dos est bloqué, mais je trace quand même. Orosi-Cartago-San José-San Isidro, et je vomis et je vomis et je vomis, et je pleure et j'ai honte, et ça fait mal. Je descends du bus épuisée les jambes flageollantes et je paye un taxi parce que pas question de me taper 2h de bus supplémentaires dans ces montagnes à la noix. Ce qui ne m'empêche pas de reposer un petit pâté en chemin. Et là, le paysage jusqu'à San Gerardo de Rivas (SGDR), je m'en fous.

Convalescence en haut de la montagne à l'entrée du Parc National Chirripo, au milieu des nuages. Et ça caille en plus.

 

J92

Vu l'état de mon dos aujourd'hui je vais alléger la rando : massage par une étudiante en "thérapies physiques". Jacqueline a l'amabilité de m'amener au village sur sa moto d'où je réalise à quel point la route est pourrie... et jolie surtout. J'y réserve ma nuit au refuge pour la grimpette intense qui s'annonce et je me balade dans un jardin botanique, découvrant de drôles de plantes comme cette Héliconia poilue. Puis j'attaque la côte de 2km pour finir par tomber dans les eaux thermales avec soulagement. Des oiseaux multicolores m'y rendent visite, des toucans notamment. Quand j'ai des "mains de vieille", je rentre suivie de près par un papy qui m'inquiète à vouloir toucher ma tête, un personnage à la "Des souris et des hommes" dont je me tiens le plus loin possible.

Prépa de mon expédition, un peu angoissée par mon dos, mais super excitée par "l'aventure".

C'est là qu'on rigole : je n'ai pas d'heure donc je me couche vers 18h pour être sûre d'être en route au lever du jour. Au bruit des premiers randonneurs, je m'habille et je claque la porte derriere moi. Dans le salon, la pendule annonce 20h45. Ce n'était pas les premiers randonneurs, mais les derniers dîneurs. La honte d'aller demander la clé pour me recoucher...

 

J93

Les oiseaux chantent, cette fois-ci, c'est la bonne. J'attaque le sentier, plein de boue et d'écureuils. Au KM1 je désespère de n'avoir fait QUE 1km... Au KM2 mon 2ème carré de chocolat pour le courage. Au KM4, une pause pour manger, les moustiques aussi. Au KM5 je me fais doubler par un COUREUR -non, je ne me découragerai pas-. Au KM6 je rattrape un groupe de ticos, je ne suis donc pas si molle. KM7 : longue pause au refuge Llano Bonito, où mes vêtements trempés de sueur sèchent dans un rayon de soleil tandis que des oiseaux noirs aux chaussettes jaunes se jettent sur les miettes des marcheurs. KM11, je rattrape à nouveau Laura, Arturo et Guillermo, avec qui nous nous arrêtons au KM13, avant de nous lancer dans "La cuesta de los arrepentidos". Et la cuesta cuesta, l'effort compensé cependant par la grâce des fleurs de montagnes et les magnifiques silhouettes tordues des arbres calcinés. KM14.5, nous arrivons enfin au refuge Los Crestones, après plus de 8h de grimpette difficile. La toilette est glacée, mais il y a de l'aguadulce chaud et Arturo me prête un pantalon supplémentaire avant d'aller voir l'atardecer. Sur ce rocher, la magie opère : un océan de nuages où s'enfonce le soleil brûlant, l'ombre des arbres se détachant sur les dégradés de mauves et d'oranges d'un côté, de l'autre, la lune, pastille blanche dominant la masse de Los Crestones, magnifiques.

Un peu de vin et de fromage avant le sommeil, comme la chambre, spartiate.

 

J94

Mis compañeros ne se lèvent pas, je pars seule au lever du jour. Je grimpe, je grimpe, je grimpe, vers Los Crestones, mon coeur et le vent dans les arbres qui grincent sont les seuls sons perturbant le silence ici roi. Quand j'escalade le dernier rocher, et que je m'asseois là avec 40m d'à pic pas si loin dessous, je suis fatiguée, mais VIVANTE, et l'énergie qui vibre ici emplit mes veines et j'en veux encore plus. Je poursuis sur une crête, quelques kms, vue panoramique sur le PNch. Ambiance fin du monde, ou naissance, selon les points de vue. Je laisse un mot dans le livre d'or perché au Cerro Terbi et entame une descente sans fin vers El Valle de los Conejos. Et j'ai de l'ENERGIE, en masse !!! Des kms, encore, des lézards au ventre bleu, des oiseaux qui se moquent de moi, parce que EUX ils savent voler, des montées, des descentes, de la sueur, et enfin, le voilà, balèse : le Cerro Chirripo me fait face et me nargue, me demandant si je suis capable. Réponse : OUI !!!! 3820m d'altitude, je l'ai fait ! J'ai posé mes pieds au point le plus haut du Costa Rica, et oui, je me suis sentie une aventurière. Et j'ai dit MERCI. MERCI mille fois pour cette beauté, cette liberté et cet amour. 2h plus tard il fallait dire aurevoir aux ticos et redescendre les 14.5km en moins de 5h pour arriver avant la nuit. Je cours presque donc, remplie d'alégresse, et c'est difficile, mes ligaments croisés hurlent, ma nuque brûle, ma corne se plisse... mais je vole presque. Les 4 derniers kilometres sont une torture, et je commence à me faire mes films, le brouillard est tombé sur la forêt et les traces de fers dans la boue stimulent mon imagination : je ne serais pas surprise d'entendre Sleepy Hollow débarquer au galop. Je demande aux esprits de la forêt d'accepter mon bref passage, et je vois Elegua en un rocher. Signe? Et cet énorme cochon sauvage qui se demande s'il doit m'attaquer... Ouf non, les arbres étaient trop inaccessibles ici. Je file malgré la douleur, je glisse dans la boue, je parle toute seule, et enfin le panneau du KM0 est là.

Bilan : environ 50km de rando de montagne en 2 jours. Je m'évanouis. Fière de moi. Pleine d'admiration pour tous les autres.

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K
<br /> Por favor escríbeme a mi email k.ariasalvarado@gmail.com o pumkim18@hotmail.com si puedes! :-) Gracias!!<br /> <br /> <br />
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K
<br /> Hola espero que estes muy bien Adé!! Te escribo porque leí ya por fin tu blog y además vi todas las fotos de verdad que que envidia!! Además quería saber si todavía tienes el número del Chirripó<br /> para ver si logramos ir...<br /> <br /> <br />
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A
<br /> Et bien, tu peux être fière de toi ! Les oiseaux se moquent ? En fait ils sont jaloux... Feliz Navidad alli !<br /> Bisous<br /> <br /> <br />
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V
<br /> Je me suis fait ton ascension du Chirripo avec "Milk, coffe, and Sugar" en fond musical et ma foi ça déchire sec... Je me suis vu. Le même. Mais pas exactement. Mais quand même j'ai revu ces<br /> endroits magiques et je me suis ressenti fier de moi d'avoir fait tout ça, grâce à ton récit. Maintenant je sais qu'il y a au moins une personne que je connais qui peut me comprendre ;-)<br /> Des frissons sont montés sur moi et je me suis dit que ce n'était pas possible que je ne reparte pas très bientôt... To be continued..<br /> Je t'embrasse bien fort en m'étonnant que plus de gens de laissent pas de commentaires car ce qu'elle fait cette meuf les amis, c'est de la bombe de balle. Elle assure grave.<br /> Bisous à toi et cuidate...<br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Merci Hervé, tu me fais rougir... Contente de 'avoir fait revivre un peu cette ascension magiquissime. Je t'embrasse fort, et cuidate tu!<br /> <br /> <br /> <br />