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ARGENTINE - Étape 8 : Salta, Pumamarca, Tilcara et Humahuaca.

ARGENTINE - Étape 8 : Salta, Pumamarca, Tilcara et Humahuaca.

J45 - Philosophie de mes deux

"Salta la linda" ils disent. Il faut admettre qu'elle a un certain charme avec ses édifices coloniaux très bien conservés, ses jolis parcs, et le cerro San Bernardo qui la regarde.

Je sonne à la Covacha hostel, Diego, le gérant, m'y héberge en couchsurfing. Boliviano-argentin maigrichon, sa coupe en brosse ne dissimulera pas longtemps l'inévitable calvitie. Il m'accompagne me promener dans le centre, il est bavard, moi aussi. En quelques heures je sais pratiquement tout de ses histoires de cœur!

A La Covacha je trouve 2 nanas motivées pour partager la voiture que j'ai l'intention de louer. Cool! Y à plus qu'à. Mais à 27ans j'ai encore une visa électron... Et ça ne passe pas pour faire le dépôt de garantie. Diego me prêterait la sienne mais il n'a pas assez sur son compte. Finalement c'est Myrthe, la hollandaise, qui s'en charge. Je paye la location, elle signe les papiers. Nous récupérons le modèle le plus petit, une chevrolet "sail" toute blanche et toute neuve! Pas intérêt à l'abîmer...

Je gare notre carrosse a l'hostel et monte sur la terrasse partager un vin rouge, une salade et des empanadas. Myrthe pensait en manger une au chocolat, mais "choclo" ça veut dire maïs! C'est sucré quand même, c'est bizarre... Ça nous fait bien marrer.

Plus tard je parle musique avec Hernan, mon appui quand la conversation tourne à l'affrontement avec un gars qui a fait une fac de philo et lu trois bouquins et qui pense prétentieusement détenir de ce fait LA vérité sur à peu près tout. Incapable de répondre directement à des questions dépourvues d'aspect politique. Je lui dis calmement que s'il était si doué pour le dialogue, il adapterait ses mécanismes de réflexion à son interlocuteur et au sujet abordé sans mépris d'aucun des deux. La joute dure un certain temps et Diego, Hernan et les autres sont beaucoup plus vulgaires quand ils l'envoient se faire voir.

Sur ce je vais me coucher, le laissant récupérer sa contenance avec une cigarette et un verre de bière. La mienne avec une brosse à dent.

J46 - Random team but good team

Cette nuit j'ai reçu un mail d'une couchsurfeuse française intéressée pour voyager dans le nord avec nous. Je lui envoie un texto sur son portable récupéré sur internet où rien n'est confidentiel. "On t'attend, tu as 30min pour rappliquer". Voilà donc Sherazade qui débarque, essoufflée, cueillie par mon message au réveil! La voiture est complète : Cristina (Barcelona) en quête d'elle-même et de changement, regard doux sous d'épais sourcils, Myrthe, grande tige blonde comme les blés, cherche l'aventure, Sherazade, boucles brunes et jambes abimées par les moustiques, profite de ses vacances à 100%. 4 échantillons de femmes aussi différentes qui arrivent à s'entendre... Un vrai miracle!

Dans les règles de conduite locale, doubler sur les lignes continues en côte, virage, et sans visibilité, c'est possible. Tout comme se rabattre seulement au moment où on est sur le point de se faire éclater par un camion qui arrive en face. En fait, j'apprends à piloter. Trop près du bord je glisse et fais un zigzag en récupérant le contrôle du véhicule, faisant pâlir mes passagères d'un seul coup. Je ris jaune, et redouble de vigilance, laissant régulièrement quelque atrevido me faire une queue de poisson pour éviter la mort. Le sentiment de liberté procuré par la location se transforme en une surveillance de chaque instant. Ils sont fous ces argentins!! La route est très verte, nombreux saules pleureurs nous regardent passer.

Nous faisons une première pause à un mirador où un couple généreux nous prépare un délicieux jus d'orange pressé et nous photographie. Le lit du Rio grande est bien plus grand que le Rio lui-même. A El Volcan, village gris, nous achetons des empanadas pour pouvoir utiliser des wc. Dans le patio de la maison, 2 bassets jouent avec un pauvre scarabée qui ne peut s'échapper. Des oiseaux rouges sont enfermés dans des cages blanches. La mamie tente de nous faire raquer un peu plus mais renonce quand elle lit la déception sur nos visages.

Le paysage change, devient plus sec, les montagnes plus colorées sont plantées de cactus à perte de vue. Même un esprit aussi pur que le mien ne peut nier l'aspect phallique de cette plante, les "cardones" sont autant de zizis dressés vers le ciel, certains sont même agrémentés de boules! Ça ricane...

Nous poursuivons jusqu'à Pumamarca, très touristique, bordée par le Cerro de los 7 colores. Le temps se couvre et le soleil brûlant laisse place à un vent frais et quelques gouttes isolées. C'est donc avec la chair de poule que nous marchons au pied de ces montagnes teintées de bleu, vert, rose, orange, jaune, rouge, marron. La roche prend des formes de boue dégoulinée par endroit, étrange et majestueux à la fois. Nous nous réchauffons dans un salon de thé qui ne sert ni thé ni café ni chocolat. Une bière alors. Avec le gâteau au dulce de leche c'est moyen. Je confie les clés de la voiture à Myrthe qui a froid. Rdv à 16h, chacune fait son petit tour au marché d'artisanat. Les mêmes articles déjà vus au Pérou et en Bolivie, mais en plus cher. Je dépense quand même.

Quand j'arrive à la voiture, mon cerveau analyse difficilement la situation : nos sacs sont par terre, les jambes de Sherazade dépassent du coffre, Myrthe et Cristina font des photos et applaudissent, aux côtés d'un policier et de 2 argentins. WTF???? Il se trouve que notre grande copine blonde a fermé la voiture avec les clés dedans. Pour éviter de casser une vitre elles ont défait le joint du coffre, utilisé une tige pour le déverrouiller (à moins que ce soit pour tirer le loquet par la fenêtre entre- ouverte?)... Dans leur discours confu je comprends que Sherazade a pu se glisser dans la voiture, vider le coffre et récupérer la clé. Je suis arrivée pour le dénouement, heureusement, car ça aurait pu m'agacer un peu! Nous remercions d'une propina le policier qui a aidé au bon déroulement de l'opération, et le temps que les filles fument une clope pour se détendre, nous reprenons la route. Message de mauvais augure pour la voiture? Je suis prudente.

Pause au tropique du Capricorne, d'un còté ou de l'autre, rien de spécial... A Tilcara je traverse le village, pistes de terre et un pont suspendu "Nooooon pas le pont!!!". Ça flippe. Je passe quand même, et on est toutes bien contentes d'arriver au pied de la Pukara (vestiges incas) sans souffrir du froid. La balade dans le jardin de pénis est suivie d'une excellente visite par un guide autodidacte bluffant. Entre mille autres choses, j'apprends que les incas coupaient les cactus plats (ceux qui ont germé sans que la graine soit passée par l'estomac d'un oiseau), en tiraient un jus blanc (on rigole pas) dont ils se servaient pour purifier l'eau boueuse du Rio. Ils partaient avec leurs caravanes de lamas chercher du sel dans les salines, pour pouvoir conserver les aliments. De grands marcheurs donc, qui un jour virent débarquer des chevaux montés par des barbus encore plus motivés qu'eux en matière de conquête (les incas avaient eux même soumis les peuples qui se trouvaient sur le chemin de leur expansion, avec, comme les espagnols le firent par la suite, un système d'impôts dus au chef). Et comme il y en a toujours un au dessus de l'autre, aujourd'hui la totalité des entrées au site de Pukara va a l'université de Buenos aires. Rien au village de Tilcara. On a juste fait des pièces de monnaies représentant la Pukara, en choisissant un monument d'inspiration maya et non inca construit dans les années 30. L'ignorance a encore de beaux jours devant elle dit le guide.

Nous arrivons à l'auberge moins bêtes que nous nous sommes levées. J'entreprends de garer la voiture à l'emplacement prévu à cet effet : en haut d'une rue de caillasses, je dois me glisser entre les deux battants de bois d'un étroit portail ouvert vers l'extérieur. Le problème, c'est le camion rouge garé en face qui me réduit considérablement la marge de manœuvre. Et la voiture derrière moi qui me colle la pression. Démarrage en côté, marche arrière, braquer, monter... Et caler. Le temps de récupérer le contrôle j'ai déjà foncé dans le camion en marche arrière. Quand je redémarre pour me décoller de ce *#%*!!#* de camion, le portail s'est rabattu sur l'avant de la caisse, et j'entends un "frrrraaaaoooh" qui ne me dit rien qui vaille. Je renonce, le gars de l'auberge peut pas m'aider, il sait pas conduire. Je me gare mal, comme le camion. Je descends, tremblante : aucune trace rouge à l'arrière. En revanche une belle balafre marron de 50cm donne un style nouveau à la bagnole... J'ai besoin d'un verre là.

Ces émotions là rincées, je converse avec Cristina, me cae muy bien. Les mystères de l'hérédité non visible génétiquement nous fascinent. Puis le téléphone me coupe, le cœur et la distance ne font pas bon ménage. Pendant que je pleure dans le dortoir, de la musique folklorique résonne au dehors. Décisions. Quand je rejoins les filles bien gaies, elles me servent le dernier verre de la soirée, et faute de chocolat je trouve le réconfort dans une mousse de dulce de leche, presque aussi bonne que l'amour après une dispute.

J47 - Brumes

Nous quittons l'auberge de Los Molles, presque chassées par les ondes négatives envoyées par le staff. Je suis à fleur de peau, Cristina stresse pour son passage en Bolivie, on a envie de pleurer toutes les deux. Ça nous fait sourire... On roule.

La place de Humahuaca est pleine de visiteurs qui attendent comme nous la sortie du saint de l'horloge municipale. Midi sonne, une musique angélique crachée par de mauvais haut-parleurs accompagne l'ouverture d'une boîte qui sort du mur. Un épouvantable moine de bois articulé bénit la foule lentement. Chucky version chrétien du nord argentin. C'est effrayant et très drôle à la fois.

Un repas dans un resto isolé charmant plus tard, nous montons vers le monument à l'indépendance, profitant du retour du soleil. Puis petit pincement au cœur quand il faut dire aurevoir à Cristina. Nous retournons vers le sud à 3 seulement.

Sherazade voudrait voir las "salinas grandes". Ce n'est pas mon objectif premier, mais j'estime qu'en ne traînant pas c'est faisable. Direction Susques donc. On se tape une cagouille qui va à 15km/h, et je ne peux pas dépasser. Ce que je ne savais pas c'est que la route qui mène aux salines est toute de montagne, de virages en épingle et de beaux ravins, le tout dans un brouillard qui s'épaissit à mesure que nous montons. Dans une ligne droite j'accélère un bon coup et laisse l'escargot derrière, mais je ne suis pas à l'aise. Il faudrait rouler plus vite pour visiter les salines et rendre la voiture à temps à Salta. C'est trop risqué, je préfère faire demi-tour, et bien que déçues, les filles sont soulagées par cette décision. Malheureusement le camion qui descend frein à main serré devant nous n'est que le premier d'une longue série, sur une route de plus en plus embrumée. On ne voit pas à 10m, les gens dépassent quand même dangereusement. Dès que nous sortons des embouteillages et que la visibilité se dégage, j'appuie, largement au dessus des limites, tandis que Myrthe appelle hertz pour avertir de notre retard. L'agence ferme a 20h, nous arriverons à 20h05. 19h55, je fais le plein après avoir joué les fanggio. 20h, on se tape un feu rouge a 500m de l'agence. 20h03 je m'arrête devant une grille baissée. Les enfoirés!!!! Tout ça pour ça!! Et il va falloir raquer une journée de location supplémentaire...

J'essaie de cuisiner une basique carbo aux champignons, mais avec Myrthe j'ai du mal à partager l'espace. Comme dit l'italien -qui ne juge pas la cuisson de nos pâtes à mon soulagement-, c'est presque impossible de cuisiner à plusieurs, surtout quand on est de nationalités différentes! No me digas!

Du vin, encore, pour finir.

J48 - Mettre de l'ordre

Du fond de mon cerveau endormi une alarme s'enclenche. Diego est en train de se glisser dans mon lit. Je suis un peu paralysée, me demandant s'il peut se montrer violent. Je lui dis avec douceur que je préfère dormir seule, que je suis mal à l'aise. Difficile de retrouver mon calme, quand lui ronfle déjà dans son lit. Alcoolisé sans doute.

Il dort encore quand je pars rendre la voiture avec Myrthe. Prêtes à argumenter pour ne payer ni pour la rayure, ni pour la journée de plus. Ce ne sera pas la peine, je prends soin de me garer en marche avant, bien à l'ombre, la fille de l'agence fait le tour de la voiture, elle ne semble rien remarquer. Mes yeux disent "ta gueule" à Myrthe qui manifeste un enthousiasme prématuré. Quant à la journée de plus, on nous en fait grâce puisque de bonne foi nous avons averti... Au mauvais numéro. Bien! La bagnole c'est fait. Maintenant il faut que j'aille mettre les choses au clair avec Diego.

"Qué pasó ayer?". Il est penaud et s'excuse platement. Je lui sers une excuse en or, "t'étais cuit et t'avais besoin d'être bordé c'est ça?". Exactement. On n'en parle plus. Il a quand même du mal à me regarder en face. Je pars me balader avec Sherazade.

En face de l'église, un bâtiment cubique tout de verre, le seul édifice qui a eu droit a une dérogation concernant la conservation du style colonial. Une banque bien sûr. Le Mcdo, lui, a respecté les règles. En matière de bouffe aussi : c'est dégueulasse. Oui, je serai punie... par mes intestins.

Visite du musée centré sur la découverte de 3 momies d'enfants sur les hauteurs du Licancabur (6700m), un volcan frontalier avec le Chili. Les même rituels que pour Juanita rencontrée à Arequipa au Pérou : les enfants, de familles nobles en général, étaient sacrifiés aux dieux, à la montagne et au soleil. Drogués, ils s'endormaient et mourraient d'hypothermie. La momie du garçonnet de 7 ans et extrêmement bien conservée, dans une bulle de verre aux températures idéales je peux observer les détails de ses ongles, les cheveux sur ses oreilles. J'ai l'impression qu'à tout moment il va tourner la tête et me dire "sors moi de là, ramène-moi là-haut, j'ai rien à faire ici!!". C'est un peu vrai... Mes réflexions sont brouillées par une envie de tuer du septuagénaire français, un troupeau bruyant et impoli qui se plante devant chaque panneau sans tenir compte des autres visiteurs. Quelle honte parfois!!

Les filles sortent sans moi ce soir. Je fais ma valise. Si lentement que le spectacle folklorique est fini quand je la boucle. Au lit alors.

J49 - Don't cry for me Argentina

Je grave en mémoire les dernières images de la ville, quelques graffitis dans l'obscurité de 6h30 du mat, puis je monte dans le bus, prête a voyager 10h.

Dans les courbes ma voisine bolivienne me parle, je lui explique gentiment qu'il faut me laisser, au risque de se faire vomir dessus. Et le chauffeur qui veut que je remplisse ma fiche d'immigration. Ils ont quel genre d'estomac ces gens-là??

Le paysage défile, les couleurs dans la montagne, les cactus-zgeg, et les fameuses salinas grandes! Le blanc n'est pas de la neige mais du sel, qui, humide, reflète le ciel. Sentiment d'infini.

A plus de 4000m d'altitude, je me débouche les oreilles en baillant. Il y a la queue à la frontière chilienne, une petite fille vomit sur sa maman qui recouvre ce qui est tombé par terre avec un journal.

Plus que quelques heures avant San Pedro. Adios Argentina!!

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