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ARGENTINE - Etape 7 : Cerro Azul, Cordoba

ARGENTINE - Etape 7 : Cerro Azul, Cordoba

J41 - Familia

Tout juste arrivée à Cordoba, je prends un bus en direction de Agua de Oro à 50km au nord. 1h plus tard nous quittons l'asphalte et nous voilà bringuebalant sur des chemins de terre entre les arbres. Le vert domine dans ces nombreuses collines que nous montons et descendons, traversant plusieurs hameaux.

J'attends Marcos et Salomé à la gare routière, me demandant si je les reconnaitrais après 3 ans. Mes doutes se dissipent quand Marcos claque la porte d'un pick up blanc, suivi de Salomé. Lui, la peau mate, les cheveux longs et bruns attachés en queue de cheval, l'air décontracté, elle grande rousse aux hanches larges et au regard pétillant. Les mêmes. Dans les bras, un petit Lorenzo qui n'était encore qu'un embryon quand nous nous sommes connus au Brésil. Quelle joie de les retrouver!!! Nous achetons de quoi faire le petit dej avant de démarrer pour Cerro Azul, 2km un peu plus loin. La route serpente le long d'une jolie petite rivière, l'herbe a l'air tendre, appelant à l'oisiveté. La côte est raide, un panneau dit "Calle de muy dificil ascenso de ascenso". Ils ont fait ça bien, perchée en haut de la colline, la maison en construction est isolée des voisins. Il reste encore beaucoup de travaux, mais c'est prometteur, l'étage est intégralement en bois, avec une baie vitrée sur toute une façade, pour la future chambre. Pour le moment on dort tous dans le salon cuisine salle à manger. En attendant que la communication entre le lavabo et le réservoir des wc soit établie, on récupère l'eau de la douche pour tirer la chasse avec un seau, le surplus est filtré entre sable et pierres et coule directement dans le potager où tomates, poivrons, et courges poussent tranquillement. Marcos m'explique toutes les astuces écolonomiques qu'il a prévu de mettre en place tandis que Lorenzo demande "quien es ella?". Ici aussi je suis "Tia Adé".

Après le petit dej, Salomé et moi nous résumons nos 3 dernières années tandis que Marcos taille une rambarde et que Lorenzo bricole son camion de plastique. Le sentiment de me trouver en famille dans un jardin aménagé de bric et de broc est merveilleux. La sieste (4h!!) suit le traditionnel asado du dimanche après-midi. Puis nous nous motivons pour sortir, direction les fêtes gauchesques de Jesus Maria.

Poneys déguisés, stands de bouffe, artisanat del campo, cuir, selles de cheval, et mille articles made in china dans un dédale étouffant où il faut jouer des coudes pour avancer. Nous nous promenons au milieu de cette agitation nocturne, grignotant des frites trop salées.

Dans l'arène a lieu la doma, une sorte de rodéo où le cavalier doit rester en selle plus de 15secondes sur un cheval sauvage déchaîné et ultra stressé par la musique à fond et les milliers de personnes qui le mitraillent de flashs. Le spectacle vu sur écran géant nous suffit amplement. Mal à l'aise, Salo et moi passons notre chemin. Deux vieux éméchés monopolisent le micro du bar où nous buvons un dernier soda fluo accompagné de grasses empanadas. Nous nous satisfaisons de nos achats : un Mickey à l'hélium, une bombacha (c'est pas parce que je fais pas de cheval que j'ai pas le droit au pantalon du gaucho), et des alpargatas (espadrilles locales) pour le petit.

Quand le duo du 3ème âge nous vrille les oreilles et que la nouvelle génération s'apprête a en faire autant, nous rentrons à casa.

J42 - Sanguijuela

Nous bougeons à Cordoba, mes amis ont beaucoup à faire avec la préparation du mariage du frère de Marcos dans quelques jours. J'en profite pour me promener dans le centre. Jolie plaza San Martin, église... Pour le reste on est lundi, les musées sont fermés, donc je me cale dans un bar climatisé mangeant une glace parfum "c'est tout ce qu'il reste" et écrivant un peu.

De retour à Cerro Azul la chaleur aplatit nos cerveaux, et nous pousse à aller barboter dans la rivière. Salomé choisit un spot avec une petite piscine et des rochers assez plats pour s'installer confortablement. Je taquine Lorenzo-loco qui m'appelle "Adé vieja", et en cet instant je ne peux pas le contredire : un horrible cheveu blanc se dresse au sommet de mon crâne. La chienne Wawita se secoue juste à côté de moi, estimant probablement que je mets trop longtemps à entrer dans l'eau. Perchée sur un rocher je bouquine tranquillement, les jambes dans le courant, quand Marcos fait une alerte aux sangsues. Je regarde dans l'eau et sur ma cheville, une horrible et visqueuse petite chose noire s'est accroché. J'ai marché 8h en Amazonie avec de l'eau jusqu'aux aisselles, caressé des iguanes, viré des scorpions et des araignées... Mais là... Je peux pas. Je suis paralysée, à peine capable de pleurer en détournant les yeux, envahie par un dégoût qui me donne un haut-le-cœur. Et si j'en avais d'autres? Beaucoup plus proches de mes orifices? Aaarghh... Je m'inspecte soigneusement après que Marcos me l'ait sortie rapidement, paniqué par ma blancheur subite. Quelle tafiole je fais! Salomé me confie que pour elle c'est les crapauds, "il n'y a pas de honte". Un peu quand même.

Après la douche Salo s'endors en racontant une histoire à Lorenzo qui suçote un bib de lait et regarde sa maman sombrer. Marcos est parti au foot. Je range et fais un peu de ménage sous l'œil de Lorenzo qui me désigne du doigt un crapaud dans la cuisine. Je chasse la bête en essayant de ne pas réveiller Salomé. Il est balaise et bien pustuleux, d'un coup de balai je lui offre un saut de l'ange par la baie vitrée. La chienne le renifle à l'atterrissage, sans plus d'intérêt. Ce soir les insectes envahissent la maison, le mur est tapissé de papillons de nuit, et fourmis volantes, juanitas (punaises) et mouches en tout genre emplissent l'espace sonore d'un bourdonnement stressant. Il fait lourd. Un autre crapaud fait son apparition, un autre vol plané après une chasse acharnée derrière le poêle et le frigo. La chienne les observe atterrir les uns après les autres. Salomé s'est levée et mise à cuisiner, je ne peux pas l'empêcher de les voir.

Marcos nous trouve en pleine décontraction au vin rouge.

J43 - Débarquement

Hoy on se fait une crêpe party. Marcos est parti bosser, il nous a laissées au village pour faire des courses. Le libraire-confiseur vends aussi des images pieuses et me demande des conseils pour aller à Lourdes. Nous discutons gentiment et je laisse ce dévot ravi après lui avoir acheté quelques enveloppes.

Prête à remonter avec tous les ingrédients je constate que la famille de Marcos s'est greffé : sa sœur, son beau-frère et les 3 enfants, son frère, sa future belle-sœur et le fils de celle-ci, et enfin pas des moindres, sa mère. Salomé a l'air aussi désarçonnée que moi par ce changement de programme, et agacée par sa belle-mère qui envisage déjà d'envahir la cuisine. Ça se solde en sandwiches à la viande dans le jardin, puis rivière.

Je préfère être un peu seule, dans mes cartes et mes carnets pendant que la madre fait la sieste.

Plus tard je bavarde avec la sœur de Marcos qui fabrique des attrape-rêves pour le mariage, et avec ses deux garçons qui m'aident à préparer la pâte à crêpes. Les autres sont ressortis. J'angoisse, je sais qu'il n'y en aura pas assez pour tout le monde.

A table tout le monde mange, je me prive un peu, et devient très con à la réflexion de la madre sur la frugalité "c'est normal tu dois pas avoir l'habitude des familles nombreuses". Je rétorque que j'ai surtout pas l'habitude de voir 15 personnes débarquer quand j'ai prévu pour 4. Plus l'autre qui me soûle en me parlant de ses exploits alcooliques et qui dit que je suis naze de pas aimer le vin avec du soda... Salomé et ses belle-soeurs désamorcent la bombe qui tictaque en moi.

J44 - "Partir"

Ce matin la table du petit déjeuner s'est soudainement vidée, me laissant seule avec les plus jeunes. La mère de Marcos vient d'apprendre le décès de sa sœur. Ses enfants se mettent très vite en route pour l'accompagner dans leur village natal, à 5h de là. Marcos me dit rapidement aurevoir et Salomé se retrouve avec les petits, et moi. Je l'aide à débarrasser, ils n'ont pas fini le pain perdu. Bajón.

Je ferme ma valise et monte bientôt dans un taxi qui me fait descendre la colline. Je m'éloigne de cette douleur qui n'est pas la mienne.

A Cordoba, je laisse mes sacs à la consigne pour visiter un peu plus. Quartier des jésuites avec une guide d'une mollesse rare... J'apprécie particulièrement la bibliothèque de l'université qui contient des ouvrages de plusieurs centaines d'années, certains sortis de la première presse de Gutenberg. On peut les consulter après inscription sur une liste, mais de toutes façons je ne sais plus rien de latin! La salle des cartes me transporte, autant d'explorateurs qui précisèrent les contours des continents voyage après voyage.

Le mien n'est pas toujours facile, et à dire vrai, ce soir je pars pour Salta le cœur gros et la gorge nouée.

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Désolée pour les dates qui défigurent les photos à partir de Cordoba ! Stupide manipulation avec l'appareil photo !!!
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