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ARGENTINE - Etape 6 : Mendoza

ARGENTINE - Etape 6 : Mendoza


J37 - Godasse


Au réveil l'air conditionné me vaut une fois de plus un saignement de nez au dessus de mon petit dej. Pas fâchée d'arriver au Banana hostel. Il y a une piscine. Sale, mais piscine quand même. Je me pose un peu sous le soleil qui tape.

Balade dans le centre, il me faut moins de 20min pour casser ma tong en face de la grandiose fontaine de la plaza independencia. Me voilà à marcher avec un pied nu, courant et sautant d'une ombre à l'autre pour éviter de me brûler. Le cordonnier est fermé. Un gars me prête ses crocs et me raccompagne à la place où un artisan entreprend de réparer ma chaussure. "Lo atamos con alambre" (littéralement on l'attache avec du fil de fer; on fait avec les moyens du bord), l'expression argentine prend tout son sens. Opération réussie, j'ai même une petite déco! Paulo ne veut pas d'argent, il veut que je l'invite à boire un verre de vin.

Après avoir changé mes euros au marché noir (dollar blue), je repasse donc le chercher en pour aller au Parque San Martin où des films sont projetés en plein air en début de soirée. Nous bavardons tandis que les techniciens font les derniers réglages, laissant le temps aux vendeurs de sandwichs de faire des affaires. Quand la nuit tombe, le court métrage commence : "El diablo vive en remolinos", une sombre fable sur le zonda, ce vent de poussière qui balaie tout sur son passage, et qui ici fait perdre la raison à un jeune homme qui tue son frère. Bon. C'était bizarre.
Le parc est gigantesque, pourvu d'une avenue bordée de statues, d'un complexe sportif, de théâtres... Nous longeons le lac artificiel puis coupons la route à quelques coureurs qui profitent de la relative fraîcheur de cette nuit de pleine lune, avant de nous diriger vers aristides, rue animée pleine de bars et de resto. Buffet végétarien et vin divin, nous nous régalons et discutons gaiement. Il fait chaud, mes cuisses se décollent de la chaise avec difficulté. Paulo me raccompagne, et fais une malheureuse tentative de baiser. J'esquive et lui souhaite bonne nuit, déçue qu'il rentre lui aussi dans la catégorie de "ceuxquisontincapablesdesecontenterdunebonnesoirée".


J38 - Ay bodega bodega...


Edgardo vient me chercher à l'hôtel dans une jeep blanche un peu nase qu'il ne peut pas réparer car la pièce ne se fabrique plus en Argentine et la faire venir du Japon lui couterait 50 fois la valeur de l'objet. Nous allons jusqu'à Maipu où nous récupérons des vélos avec le groupe au complet : Colette, anglaise vêtue d'un mini-short leopard et d'une chemise rose fluo, sac a main en cuir, Alix, Emily et Sam, les sympathiques australiennes d'Adelaide ("ooh really?? Your name is Adelaide??") en mode sportif, Harold le français qui parle bien, et Joe, américain bizarre, vieux garçon blanc aux réflexions gênantes. Et la française qui observe tout le monde attentivement.
Notre convoi se dirige tranquillement vers la première bodega que nous visitons : une des plus anciennes du pays, famille "Lopez". Au début je me concentre sur la visite en anglais "but I have a lack of vocubulary", puis l'étrange tic de la guide monopolise mon attention. Elle ponctue ses phrases d'un balancier avant arrière du buste et conclue avec un plié de genoux. J'ai très envie de rire. Je dois me recentrer pour être de nouveau attentive et apprendre que le bois utilisé pour les énormes barriques est venu de France, et que l'unique façon de les nettoyer et de rentrer dedans. Par cette porte minuscule??!! Il me semble que j'ai déjà entendu ça vers chez moi... Au moment de la dégustation c'est un peu la honte de dire que je viens de la région de Bordeaux et être si ignorante en matière de cépages, de techniques... Tout ce que je sais, c'est si j'aime ou pas. Là, j'aime! Un malbec et un champagne, Harold et moi nous demandons si l'appellation champagne n'est pas supposée être exclusive de la région du même nom. Quels français ignorants nous faisons...
Nous remontons sur les vélos et pédalons en plein soleil jusqu'à une ferme d'olives. Une femme sans grâce nous présente froidement les produits que nous allons déguster, différentes tapenades, tomates séchées et huiles d'olives aromatisées, tout est délicieux et absorbe un peu l'alcool. Pour les infos, lire les panneaux. Pour le sourire, allez voir ailleurs. L'eau fraîche soulage nos corps fondus et nous pédalons quelques kms de plus jusqu'à la bodega "Cachin". L'arrivée par le chemin de terre bordé de vignes à perte de vue est un régal, malgré la chaleur accablante. La jeune guide aux grands yeux noirs nous présente la propriété, ici on n'utilise pas de sulfites, todo lo mas natural posible. Autour d'un grand noyer un bar et quelques petites tables, pas d'autre bruit que quelques oiseaux et le bruissement des feuilles. Des arbres fruitiers çà et là, un coin de paradis. Dans la fraîcheur de la boutique nous faisons notre dernière dégustation, il y a un vin qui s'appelle carignan! Aux vins -que je bois quand même-, je préfère le jus de raisin, qui pétille légèrement avant de libérer toute la saveur du fruit. N'est-ce pas merveilleux du pur raisin sans peau et sans pépins?
Les selles et les poignées des vélos restés au soleil sont brûlantes, nous reprenons la route par 42°C. Cette fois-ci ce sont 9km avec des cailloux, des petites cotes, peu d'ombre, et le vin des dégustations qui descend dans les pattes. Colette a du mal, mais elle est un peu grosse et molle, moi je suis supposée être sportive, pas encore trop boudin en dépit du dulce de leche, je fume pas, aucune excuse donc. Je ravale ma souffrance et monte en danseuse pour revenir en tête du peloton. Dans un virage une jolie église et enfin l'ombre de peupliers. Je respire, envahie par un sentiment total de félicité qui remonte à l'adolescence, un béguin, l'été, les vacances, la liberté... Au présent je suis vivante, la vie est belle.
Trempés de sueur, nous arrivons chez des gens. Au fond du jardin, la table est dressée sous une grande tonnelle. Maillot et paréo, je suis prête à déguster le meilleur asado du voyage. Le vin coule encore, nous rendant réceptifs aux blagues les moins subtiles. Edgardo a quitté son short, en slip de bain et panama, avec sa gueule de truand, on dirait un narcotrafiquant en vacances. Piscine + mojito + musique latino (pachanga style 2006)... Je kiffe. Champagne pour conclure. Edgardo veut m'embaucher pour le même genre de business, si un jour j'ai un trou dans mon milliard de projets... Il a trop bu pour nous ramener, nous rentrons en "remis", son de boîte de nuit, j'ai envie de sortir maintenant.

Sieste d'abord. Jusqu'à 1h du mat. Puis je choisis au milieu de toutes les propositions de couchsurfers motivés pour m'accompagner à Rumbo Perdido la seule nénette qui a pas l'air de chercher un rencard. Laura, petite boule d'énergie avec un bonda desarticulé, danse en cercle avec ses copines. Elles se recoiffent sans cesse, culte du cheveu long... "Court c'est pour les féministes ou les lesbiennes". D'accord. Je reconnais dans la foule deux des couchsurfers qui m'avaient répondu, Fernando et Franco. Dans le décor "recup-reggae-hippie", lampes en cassettes audios et murs vert/jaune/noir, la onda es buena, tout le monde bouge au gros son de la cumbia. J'esquive les tentatives de conversation, j'aime pas qu'on me crie dans l'oreille quand je danse.
Quand j'ai ma dose, Fernando me raccompagne en taxi. Je touche le matelas à 5h.


J39 - L'odeur de la pluie


Comme un lendemain de fête. Grasse matinée. Rien faire à la piscine. Rencontrer des chiliens. Boire un licuado banane en finissant un mauvais bouquin. Faire la sieste.
Trouver le staff de l'hotel et leurs amis bizarres, ou juste défoncés à la beuh?
Écrire, sentir l'orage qui monte, apprécier la pluie comme une délivrance. S'enivrer de l'odeur de la terre et du macadam mouillés.
Marcher dans la ville soulagée de la chaleur, attendre Fernando et Franco à l'angle de la rue piétonne. Demander l'heure à deux minettes déguisées en pouffes. Manger des empanadas -encore-, à l'ancienne, comme dit Franco, avec la garniture entourée de fromage entouré de pâte. Et une bière bien sûr. Apprécier la compagnie de ces deux gars sympathiques et rentrer sous la pluie.


J40 - Attrape couillonne


J'ai eu la bonne idée de commander un tour. "Alta Montaña". Je m'attendais à un peu de randonnée... Nada. Transport, arrêts de 10min pour faire des photos, transport, pause dans un restaurant pour nous faire tousser nos billets... On voit en vrac la route qui mène au Chili et les rails du train qui ne fonctionne plus. Dans ce paysage de précordillère je fantasme et m'imagine les suivre à la recherche d'un trésor. Oui, comme dans la piste de Xapatan.
Le ciel est gris et les nuages bas, l'Aconcagua ne se montre pas. Le Cristo Redentor marque la frontière, il fait froid, le guide sympa du début me soûle maintenant. Envie de rentrer ya. Pause au Puente del Inca, formation minérale naturelle fascinante aux couleurs incroyables... Mais quand même, j'aurais du écouter Franco, et passer plutôt cette journée avec des mendocinos.
Des bisous pour l'anniversaire de Flo y ya, bus pour Cordoba. Mon voisin prof de yoga acrobatique et moi-même nous endormons comme des masses.

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