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ARGENTINE - Etape 4 : El Calafate, PN Los Glaciares, El Chalten

ARGENTINE - Etape 4 : El Calafate, PN Los Glaciares, El Chalten

J25 - Gueule de bois

YPF, 2h du mat. On se tient plus ou moins éveillées, étalées sur une table de la cafétéria. La nuit s'écoule au rythme de la porte qui s'ouvre et se ferme laissant chaque fois entrer un sournois courant d'air froid. Je veille jusqu'aux premières lueurs du jour, Julaïe dors un peu, la tête entre les bras, écouteurs vissés aux oreilles.

A 5h nous reprenons la route avec un premier camion. Saut de puce jusqu'au poste de police ou un désagréable gringalet nous demande nos passeports un peu trop autoritairement. Le vent est glacé, ça réveille! On tend les pouces en se dandinant. Un combi s'arrête enfin, des employés de l'entreprise de gaz de "Esperanza", à mi-chemin entre Rio Gallegos et El Calafate. Je m'endors immédiatement, bercée et réchauffée par le soleil à travers la vitre. Julie tient le coup. Nous parcourons les derniers km en voiture après 30min d'attente sous un soleil encourageant. Ma tête tombe, mes yeux se cachent sous les paupières, je suis incapable de lutter. Je peux seulement m'excuser pour la mala compania quand notre chauffeur nous laisse au Huemul.

J'ai plus de cerveau, la batterie est à plat, après la meilleure douche vient la meilleure sieste. Cette journée a un goût de gueule de bois, entrecoupée de siestes vertigineuses (hypoglycémie oblige), d'élans vers un frigo qu'on ouvre et referme sans rien prendre -d'autant que la cuisine pue-. Ensucquées.

Quand on se réveille pour de vrai vers 20h, on réalise qu'on est arrivées à El Calafate!! Enfin!!! On fête nos économies au resto voisin, chaleureux chalet tout de rondins, où nous partageons un pescado al disco, une bière et une miche de pain au beurre aillé... Cuisine traditionnelle maison... Uuyyyy que rico!!!! Service charmant, cena perfecta, que demander de plus? Ça c'est la vie!!

Je m'endors vite malgré le vacarme provoqué par la horde de jeunes israéliens de l'hostel.

J26 - Voyage dans le temps

Objetif du jour : Glaciar perito Moreno. Nous partirons en début d'après-midi puisque tous les bus sont pleins ce matin. En attendant nous nous baladons dans des boutiques hors de prix avec Ayelen et Bernardo... 70€ pour une poupée de doigt. Fou rire. Je les abandonne un instant pour réserver un tour de tous les glaciers, la lenteur du vendeur me vaut de courir comme une dératée pour chopper le bus à temps.

180 le bus plus 130 l'entrée au PN plus 120 la navigation, ça commence a faire cher la balade... Mais sur le bateau, face au glacier, j'oublie. C'est tellement grand, beau, bizarre à la fois! Un bloc de glace gigantesque qui descend des montagnes et se délite dans le laiteux Lago argentino. Mes mots sont pauvres face à ces images, l'émotion me submerge, les gens que j'aime ne sont pas à mes côtés pour voir ça. Nous poursuivons la balade sur les passerelles. Ce miracle de la nature date de l'ère glaciaire, toujours là depuis 10000ans. Voyage dans le temps. Face à la zone de rupture nous faisons connaissance avec Mauricio, de Ibiza. Julaïe filme de "petits" morceaux qui tombent du glaciers, quand soudain un morceau gigantesque se découpe et se détache dans un craquement impressionnant. Nous nous mettons à hurler, sauter et applaudir comme des gamines devant la surprise de notre vie, Mauricio est hilare devant notre enthousiasme, jaloux de ce morceau de vie du glacier que Julie a su capter. La vague provoquée est lente et puissante. Wooooooohhhhh!!! Un cadeau que ce spectacle. On resterait bien là à attendre d'autres bouts plonger, mais le bus ne va pas tarder, nous remontons rapidement entre les arbres, croisant un lièvre pas farouche. Juste le temps de se faire payer un chocolat chaud par notre copain motard et nous redescendons à El Calafate. Des nuances de bleu et un craquement sourd emplissent ma tête.

L'auberge est dans un état lamentable, les poubelles débordent par terre (ici on jette le papier dans la corbeille, pas dans la cuvette), les lavabos sont tachés de crèmes non identifiées... Digoulasse. On arrive à se rendre propre quand même et Julie me vide le reste de sa couleur sur la tête. Marron.

Avec l'espagnol et les copains argentins nous retournons au resto d'hier. Dégustation de bières avec des frites aux épices en attendant la comida al disco qui se sauce dans une joyeuse ambiance. nous sortons de table vers 1h du mat.

J27 - Bleu iceberg

Julie est partie ce matin. J'expérimente à nouveau la solitude. Un bus vient me chercher à l'auberge pour rejoindre le port d'où partira le bateau. J'ai pas assez de pesos pour repayer l'entrée au PN au tarif touriste-pigeon du coup je me fais avoir encore plus : 16€ au lieu de 11... J'aurais du mentir, me faire passer pour une étudiante.

Le bateau est plein, il me reste une place coincée entre une grand-mère à canne et un papy qui dort contre la vitre, et qui pète dans son sommeil histoire de pimenter le tout... Mon humeur ne s'arrange pas. Dès que c'est possible je m'échappe sur le pont, laissant le vent me violenter un peu. Je suis obligée de me plaquer à la cabine pour ne pas être trop bousculée. Le paysage est divin, je rassemble mes esprits devant ces si beaux bleus, et sous ce vent méchant. Pas le temps de méditer, une vague, une seule, me trempe. Je rentre. Le long d'une paroi rocheuse nous avons la chance de voir un condor, puis nous nous approchons du glacier Upsala. On dirait une grande et large piste de ski, rayée de gris par endroit... Autour de nous flottent de nombreux icebergs, ne renvoyant des couleurs de l'arc-en-ciel que le bleu, plus intense là où la glace est plus compacte. C'est magique. D'autres glaciers se succède, le Seco, qui recule, a l'air suspendu. Le Spegazzini m'apparaît comme le plus impressionnant avec ses murs de 130m de haut. Nous, misérables parasites, mitraillons cette preuve de notre insignifiance. Après la face nord du Perito Moreno, et un autre morceau qui se fracasse dans l'eau du lac, je sieste un peu, puis sympathise finalement avec mes voisins. Vénézuéliens adorables avec un tas d'histoires à raconter, ils attendent ma visite à Caracas.

De retour a El Calafate, je traîne en ville, café croissant et ouvrages de Maitena au libro-bar. Personne avec qui sortir dîner, je me couche toute seule dans le dortoir pour 4 personnes.

J28 - Western

Debout tôt pour prendre le bus pour El Chalten et ses supers randos.

Au centre des visiteurs , après un discours éducatif sur comment gérer les randos, les animaux sauvages et le bivouac, on nous annonce la couleur... La météo est mauvaise. En effet, chercher un hébergement avec mes deux sacs, le vent de face sous une petite pluie fine me coûte...

Pas motivée à randonner avec de temps, je me réfugie chez Mathilda, petit salon de thé à la déco colorée, une carte du monde au mur, ça suffit à me séduire.... Et aussi le submarino -lait chaud dans lequel on fait tomber une barre de chocolat qui fond lentement-. Et aussi la tarte au citron meringuée. Repas équilibré donc pour accompagner une longue après-midi à écrire et à regarder dehors.

El Chalten c'est un western où d'anachroniques fils électriques relient de petites maisons en bois qui bordent les rues désertes et ventées. En guise de cowboys d'irréductibles randonneurs aux coupe-vents criards.

Je pars faire des courses dans l'unique supérette du village, la queue est interminable. Dîner solita et dessert avec un gentil couple de belges.

J29 - Vent mauvais

Au royaume de la randonnée il m'apparaît sacrilège de ne pas tenter une balade. Le Fitz Roy et le Cerro Torre sont invisibles, ciel bouché, mais je peux quand même aller voir mère nature... Je repasse au centre des visiteurs où une des garde forestiers me conseille.

Je commence donc par me chauffer avec le sentier le plus facile "los condores". Ça grimpe gentiment, le soleil est présent, tout va bien. Des panneaux expliquent le mode de vie des condors, lecture prétexte à la pause. Sur la crête ça se gâte : totalement à la merci du vent je tombe carrément, le derrière dans une touffe d'herbes aiguisées, je me relève avec des épines plein le fessier. Je poursuis la balade, malmenée par Eole et Oya, avec un seul passage à couvert entre les arbres, bref moment de répit avant d'être obligée de courir entre les pierres, poussée en arrière par un courant d'air déchaîné. Obligée de m'accroupir derrière un rocher et de garder les lunettes pour y voir quelquechose. Donc en fait ça c'est la balade la plus facile. Je redescends, découragée. Y avait même pas de condor.

Je me console chez Mathilda avec un gros gâteau chocolat-dulce de lèche-meringue, et un jus d'orange. La bouffe pour absorber la frustration. Écrire. Lire. Rentrer à l'auberge et bavarder avec Roy et Tal quinquas israéliens sympas, et "nitrojuan" gay argentin avec qui nous parlons de San Fransisco, pas si friendly que ça...

J30 - "we make common decisions"

Bien. Le temps est pire encore aujourd'hui. 12mm de pluie contre 3 habituellement. Vent à décorner les bœufs. Aucune visiblité. Après une matinée à bavarder et à jouer aux cartes avec des israéliens sympas (ça existe!) je range mes affaires et vais me faire masser par le grand Pedro, nounours aux pattes balaises, qui me libère de tous ces nœuds qui m'encombrent. Je me zenifie, trouvant la serenité et la confiance nécessaire pour commencer a faire du stop.

Je marche jusqu'à la sortie du village où un camion s'arrête bientôt. Les gardes parc m'emmènent jusqu'au croisement de la Ruta 40, et me souhaitent bonne chance. Il n'y a vraiment personne, les rares voitures tournent en direction d'El Chalten. Je commence à me dire que je vais peut être avoir l'occasion d''utiliser ma couverture de survie... Aux alentours rien, pas un arbre, pas une cabane, la végétation est rase et piquante... Un utilitaire blanc se montre à l'horizon, et s'arrète! Dario a le ventre qui déborde sur ses cuisses, le visage de Dingo. Il est aussi gros que gentil et me dépose 10km plus loin avant de tourner sur une piste pour aller installer internet dans une ferme. Personne dans ma direction, je commence à marcher, il y a 20km avant le prochain village. Moins de 10min et un gars bourru dans un pick up déglingué m'y emmène. Je reste à la station service, les véhicules qui vont vers le nord s'y arrêtent "si o si". J'attends. Demandant à chaque chauffeur s'il va vers le nord, s'il peut m'emmener. Pas de place, pas la bonne direction... 3 allemands dans une voiture de location : le conducteur me répond qu'il faut demander à son pote, because they make common decisions. Et ils votent que non ces enfoirés!! Je reste au total presque 7h à attendre.

Finalement je monte dans le bus venant de El Chalten, complet, mais les chauffeurs veulent bien négocier avec moi et me laisser un de leurs fauteuils à prix très réduit. Je remercie la famille qui tient la station d'avoir supporté ma présence, puis le bus s'élance sur cette interminable route de terre qu'est la Ruta 40. Nombreux lapins détalent dans la lueur des phares, et tard dans la nuit, un puma!!!! Je n'ai pas halluciné, les chauffeurs l'ont vu aussi. Seulement, une astigmate qui se réveille au milieu de la nuit sur une route de poussière ne peut voir que flou, et je garde l'image d'un gros chat qui traverse à toute vitesse. Un puma quand même. Je me rendors, feliz.

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