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ARGENTINE - Étape 3 > Ushuaia et la terre de feu en stop

ARGENTINE - Étape 3 > Ushuaia et la terre de feu en stop

J21 - Retrouvailles au bout du monde

Nous échappons à un accident avec Mariana, la voiture en face ne nous a pas vu tourner. Elle pile. Ouf. Juste avant de monter dans l'avion, j´ai pas envie d'y voir un signe.

Le minuscule aéroport de Trelew est plein de français et d'italiens en groupes organisés. Ca sent la thune. Décollage. Les biscuits de la lunch box sont ignobles comme toujours.

A la vue des petites îles que nous survolons, je sursaute et rigole, excitée. Là, dessous, c'est la terre de feu!!!! Mon sourire de gamine fait hausser un sourcil à mon voisin renfrogné. Serait-il trop riche ou trop blasé pour apprécier atterrir au bout du monde? Ou a-t-il assez de fric pour aller encore plus loin? Une croisière en antarctique?

En tout cas ça va être difficile de tâcher mon enthousiasme, je me fais tamponner "Ushuaia, fin del mundo" sur le passeport et prends un taxi vers le centre.

Je prêterais bien des traits inuits ou plutôt yamanas au chauffeur, mais il est bolivien. Je droppe mon sac au Refugio del mochilero qui pue les aquariums pas lavés et ressors. Le choc thermique est violent : du maillot de bain à la polaire en moins de 2h, ça pique.

Il fait froid, le ciel est bas et un crachin désagréable vient mouiller les drôles de fleurs typiques de la région, violet, jaune, en forme de grappes ou de clochettes. Des maisons colorées égayent un peu la grisaille.

Je visite le musée maritime et le bagne. Les infos trop nombreuses se mélangent après 1h passée à lire les aventures des différents découvreurs, pirates, et autres colons passés par ici. Que de naufrages!!! J'apprends que la prison n'etaient pas entourée de hauts murs, pas besoin : les prisonniers qui voulaient s'évader revenaient generalement, transis de froid et affamés. Les autres disparaissaient ou etaient retrouvés morts. Les bagnards envoyés ici posèrent donc les premières pierres de la ville la plus australe. Quant aux natifs qui vivaient nus sur les eaux du canal de Beagle, ils moururent petit à petit, après que les colons leur aient donné des vêtements pour se couvrir. Habitués a être naturellement lavés par la pluie, ils contractèrent toutes sortes de maladies dues au maintien de l'humidite contre leur peau, et au début des années 30 il n'en restait plus un seul. Dans la partie non chauffée de la prison j´essaie de m´imaginer la souffrance des prisonniers en hiver. Nous sommes en été, je suis extrêmement bien couverte et 2min suffisent à me congeler... Ces hommes etaient ici a perpetuité. On dit que certains se jetaient du bateau quand ils apprenaient qu´on les transferait à Ushuaia. L'enfer au sens propre, on n´y brûle pas, on se les gèle.

En ville je me pose dans un café, et tandis qu'un motard bresilien me dragouille gentiment je goûte le crabe centella en soupe. Cette petite bête peut mesurer autour d'un mètre! Dans mon assiette elle est beaucoup moins impressionnante.

Après une sieste à l'auberge, je retrouve Julaïe à mon réveil. Ça fait plaisir de voir une tête connue!!!! On se raconte nos histoires dans un bar à l'allure de pub, pas le Dublin qui est plein, l'autre.

J22- Fin del año en fin del mundo

En ce dernier jour de 2013 nous faisons des courses. La anonima, supermarché, est plein de gens qui préparent leur réveillon : nous aussi on veut notre bouteille de champ'!!!

Nous cassons la croûte devant le canal de Beagle, en compagnie d'une mouette vorace que Julaïe tente d'apprivoiser. Le vent est frais. Il nous prévient...

Sur le catamaran qui nous emmène naviguer sur le canal, nous sortons dès qu'on nous en donne l'autorisation. Le vent nous glace, mais nous apprécions le paysage : le début de la cordillère des Andes, ou la fin, selon le point de vue. A l'ouest le pacifique, à l'est l'atlantique. Se dire que plus loin au sud c'est l'Antarctique ça me rend dingue! Je suis presque "dessous".

Nous passons près de deux îles pleines de loups de mer et de cormorans, et nous promenons 10min photo comprise sur la Isla Bridge, ce qui est marqué comme "trekking" sur le flyer. Ils ont pas honte. Enfin c'est joli et l'air est "vivifiant". Le phare des éclaireurs, à ne pas confondre avec le phare du bout du monde, bien plus loin, marque la fin de la balade. Nous rêvons de la sieste de pré soirée en somnolant dans le bateau.

Finalement non... Nous squattons les fourneaux de l'auberge pour préparer notre diner : j'y fais des boulettes-de-bœuf-ma-fille au miel et purée de pomme de terre, crêpes chocolat et crème de marron en dessert, le tout arrosé de vin et de champagne "NORTON"... petite dédicace. On se fait un peu jolies, parce que quand même c'est le réveillon... Et on trinque! A 20h, on crie des "bonne année" dans le téléphone pour la France. A 23h le soleil n'est toujours pas complètement couché. La soirée se poursuit chez un colombien. Muchos français avec nous, certains insupportablement prétentieux... Il y a des coups de boule qui se perdent. Excédée par un racho basique et alcoolisé qui parle comme s'il était Dieudonné en personne j'avertis : "je te promets que je vais t´en coller une si tu m´adresse à nouveau la parole". Il me laisse enfin. Julaïe se marre, elle. Comment fait-elle pour être aussi détachée???

Certains partirons bientôt en antarticque, 20jours à vomir sur un voilier pour la modique somme de 1500 dollars. Vu comme ca j´ai plus envie.

Le soleil, qui n'a jamais vraiment disparu, se lève sur le canal de beagle. C'est l'heure d'aller se coucher.

J23 - Jour de l'an

Les quelques heures de sommeil nous on porté conseil, nous quitterons Ushuaia dès ce soir. Nous fermons les sacs pour le check out.

En ce premier jour de l'année 2014 je pars me promener dans le PN le plus austral de la planète. Les paysages du sendero costero sont splendides, je suis frappée par les couleurs... Et par les éléments: 4 saisons en une minute! Un rayon de soleil qui me force a quitter la polaire et a mettre les lunettes, suivi immédiatement d'une bourrasque glacée qui me force a me rhabiller et a rajouter les gants , puis un crachin qui me fait troquer la casquette contre la capuche, et enfin quelques rares moments de calme tempéré. Le sentier que j'ai choisi borde une baie, tantôt sur les cailloux en bord de plage, tantôt entre les arbres je me remplis les yeux, nuances d'ocre, de sombres verts, verts, verts de gris, gris, gris-bleu, bleus ciels et sombres... Les nombreuses "barba de viejos" témoignent de la pureté de l'air. Au milieu des arbres qui grincent, grognent et rugissent au vent, je me rappelle à quel point je suis rien. La forêt me parle. Avant que je quitte le sentier j'ai l'honneur de voir 2 chouettes tourner leur cou à 360degré ; un moustique en profite pour s'attaquer au mien.

Pour rentrer a Ushuaia, je fais du stop, histoire de me mettre en jambe. C'est une famille qui m'emmène en 4x4, je suis fascinée par leurs gros corps, ils sont tous obèses. Nous discutons des saisons, je leur explique que leur été c'est pour moi plutôt un hiver... Ça les fait rire.

Des que j'arrive a l'auberge Julaïe et moi traçons. Il est 17h, c'est déjà tard pour faire du stop. Nous avons de la chance, Toni, fraichement séparé, a besoin d'aller prendre l'air à Tolhuin. Il apprécie notre compagnie et se met en tête de nous faire un trajet touristique. Nous faisons des pauses photo régulières (trop) dans des zones où le vent est tellement fort qu´on manque perdre Julaïe dans un ravin... Nous profitons de beaux panoramas et voyons même un renard!!! A Tolhuin nous goutons les délicieuses chipas (choux fromagers) de la boulangerie la plus célèbre de la terre de feu. Toni nous achète a manger... J'hallucine sur la bonté du gars, qui ne s'arrête pas là : finalement il nous amène jusqu'à Rio grande, il en profitera pour aller y voir des amis. C'est là que ça se corse, la nuit va tomber, a moins d´être prises en stop maintenant il nous faut trouver un hebergement. Trop génereux Toni nous propose une photo avec la truite géante qui decore l´entrée de la ville... mais là la truite on s'en fout, on veut juste un toit ou un vehicule. Les hebergements minables sont hors budget, les églises fermées, on peut pas faire comme dans les films demander le gite... fatiguées, et honteuses d'avoir tant abusé de la patience de notre chauffeur, nous lui disons de nous laisser dans un bar, ca ira, ne t´inquietes pas, merci pour tout. Autour d'un café nous laissons la nuit s'avancer, profitant d'etre au chaud. A 3h le bar ferme, j'ose demander à une serveuse si elle ne peut pas nous héberger pour la nuit. Elle non, son collègue a peur d'avoir des problèmes avec sa femme... c'est Franco qui nous sauve, dj dans un bar il vient de débaucher et venait faire un coucou a des copains : il ramène 2 françaises chez lui! Sa maison est en construction, c'est le bordel total, il sort tout ce qui encombre son lit pour nous permette d'y dormir, tandis qu´il se couche sur un matelas dans le "bureau". Encore un généreux qui nous fait halluciner. Nous dormons au chaud.

J 24 - Hacer dedo

Tous les feux du gaz sont allumés, c´est la méthode de Franco pour chauffer un peu mieux la maison. Ça surprend au réveil. Après le petit déj ce bon samaritain nous offre des soupes à emporter et nous paye le taxi jusqu`à la station service d´où nous pourrons continuer a faire du stop. Merci. Notre petit carton dit "Rio gallegos, El calafate". J'ai beau danser devant les voitures, nada. Un peu plus loin c'est Orlando, un papy chilien qui nous emmène. Il prend aussi 2 autres autostoppeurs argentins, Bernardo y Ayelen, parce que "tout le monde a le droit de voyager". Hasta la frontera de San Sebastian. Là, nous restons près de 2h dans le froid et le vent, en concurrence avec d'autres autostoppeurs, inventant des techniques pour motiver les conducteurs à s'arrêter : petite choré, statues... Ça les fait pas s'arrêter, mais ils se marrent. "Huhu tu as vu c'est genial ils ont mis des animatrices au poste frontiere!!". Nous on se pèle les miches en attendant! Ayelen et Bernardo ont de la chance, un 4x4 s'est arreté. Nestor veut bien qu´on monte aussi, génial! De nouveau à 4 pour un bout de chemin. Au Chili on me force a jeter mon miel, et nos fruits. Mala cara. Puis la route non asphaltée nous fait vibrer sur une centaine de km, jusqu'à ce que les voitures stoppent à l'approche du détroit de Magellan.

Mauvaise surprise. Il y a trop de vent, les bateaux ne partent pas pour le continent. On attend. 5 longues heures dans la voiture. Nestor nous raconte des histoires de bateaux et de navigation, ça parle musique, on en écoute. On mange, on fait des miettes, il suffit d'ouvrir les portes pour nettoyer la voiture d'un coup de vent!!! A 22h30 on embarque enfin, le soleil se couche. C'est beau.

Repassés en Argentine Nestor nous pose Julaïe et moi dans une station essence. Arrivées a Rio gallegos. Enfin sur le continent. Et maintenant?

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